Buch 
L' Europe (sans la France) : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
Entstehung
Seite
698
JPEG-Download
 

608

LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.

2” EXTRAITS ET ANALYSES

EiC pont <le Cialata à Constantinople .

« J’ai passé de longues heures sur cette grande voie de com-munication, au milieu de la multitude singulière qui l’encombre.Le spectacle est d’abord confus : c’est un pêle-mêle de typesinaccoutumés, de costumes aux couleurs saisissantes, de haillonssordides, d’individus affairés, allant, venant, se croisant danstous les sens; tout cela donne l’impression d’une mascaradefantasque et parfois grotesque, d’un rêve où passent et re-passent des figures extraordinaires et des mannequins cha-toyants. Puis on se fait à ce tourbillon, à ce mélange incohérentdes nuances, à ces physionomies, à ces poses, à cette lanternemagique toujours nouvelle, à ce désordre, à ce tumulte de latour de Babel qui réserve à chaque instant quelque observationet quelque surprise. On voit là tous les aspects de l'Orient, toutesles formes de son inépuisable fantaisie.

» Pas un individu n’est pareil à l’autre; chaque passant estpour ainsi dire un modèle nouveau pour cette légion d’habilesartistes qui se sont voués depuis quelques années à l’étude desmœurs, des modes et des paysages de la Turquie d’Europe etd’Asie . La variété est infinie si l’on songe qu’à l’exception desfonctionnaires turcs, vêtus de la triste redingote noire appeléestambouline et coiffés du fez traditionnel, la multitude des indi-gènes s’habille à son gré, selon les goûts de sa race et le librecaprice de son imagination. Depuis les petits marchands qui .couvrent le pont de Galata de leurs étalages en plein vent, surdes tables à pieds croisés, jusqu’aux plus gros personnages deStamboul, chacun a son style individuel et son élégance bizarre :tout ce monde assemble à son gré les nuances les plus disparateset dispose selon son instinct les vêtements qu’il porte, les plusbelles pelisses des riches ottomans aussi bien que les loquesrapiécées de la populace.

» On ne saurait décrire cette foule multicolore, mais onessaye de saisir au passage quelques-uns des types les plus cu-rieux. Les vieux Turcs d’autrefois, un peu obèses, à large barbe,marchent majestueusement, coiffés du gros turban qui entourele fez, et qu’ils portent vert s’ils ont été à la Mecque en pèleri-nage. Leur tunique est volontiers rose ou d’une étoffe rayée