888 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
derniers, le pont du Rialto était encore le seul pont qui joignitles deux grandes îles de la Venise moderne. »
Le Ponte di Rialto fut d’abord construit en bois. « Plus solide qu’élé-» gant, plus simple que luxueux, il n’avait d’autre but que d’établir une» communication entre les deux rives. Détruit à maintes reprises, il fut» toujours reconstruit à la même place. Mais en 15SS, on estima qu’un» pont de bois ne répondait plus aux besoins de la circulation ni aux« splendeurs de la ville, et l’on résolut de le remplacer par un pont de» marbre. » Luigi Boldù édilia, sur les dessins d’Antonio do Ponte, lepont que l’on voit aujourd’hui. Il est en marbre d’Istrie , et n’a qu’uneseule arche, dont l’ouverture est de 22 mètres, la hauteur de 10 ; sa lon-gueur est de 43 mètres et sa largeur de 14.
« Sa beauté consiste beaucoup plus dans l’élégance de sesformes, dans la pureté de son ordonnance générale, que dansles ornements dont on l’a décoré. Il est, en effet, d’une grande etnoble simplicité. Une des particularités qui font du Rialto unpont unique eu son genre, c’est qu’il porte trois rues et deuxrangées de maisons. Ai-je besoin d’ajouter que les rues sontétroites et les maisons de peu d’épaisseur? A bien prendre, cesont des rangées de petites boutiques, des étalages sans profon-deur, dans lesquels on vend un peu de tout. Au milieu se trouveune sorte de terrasse qui met en communication les trois rueset que couronne une manière de double portique... De cette ter-rasse on a une vue merveilleuse et peut-être sans pareille aumonde. Des deux côtés, le canal s’arrondit dans une courbegracieuse, que bordent ces beaux palais qui, construits chacunpour soi-même, n’en forment pas moins le plus magnifique en-semble que l’on puisse rêver. C’est un amas de lignes élégantes,sveltes et gracieuses, de courbes harmonieuses, un joyeux cli-quetis de couleurs vives, douces et fraîches malgré la patineque le temps a imprimée sur toutes les façades, malgré la livréegrise qu’il a essayé de leur faire porter.
» Et puis co sont les flots vert tendre qui s’argentent dojoyeux reflets, les grands poteaux qui sortent de l’eau tout en-rubannés de couleurs vives et coiffés de la corne dogale, lesgondoles noires qui filent comme des hirondelles, laissant à leursuite comme un sillon de mousse blanche. C’est le ciel, le soleil,la lumière dorée, les marbres blancs et roses, les ombres trans-parentes, que sais-je? C’est le charme, c’est la vie, la pares-seuse rêverie qui s’empare de tout votre être, qui prendpossession de votre cerveau, qui pénètre votre cœur, pendant