LEGENDES. 37
rivifcre, le prince les passe ä la tete d’une partie de ses troupes, et oblique ä droitepour enlever la grande redoute bastionnee qui a ete elevee par les Russes , sur lahaüteur entre Borodino et Semenowskoie. La division Morand {bleu) debouche lapremiere sur le plateau; le 30 e de ligne est lance sur la redoute, soutenu par le restede la division forme en eolonnes; il s’avance, Lärme au bras, sous une pluie de bou-lets et de mitraille qui ne peut l’ebranler, culbute la premiere ligne de Paskewitch etpenetre dans l’ouvrage; mais la deuxieme ligne de la division russe et une brigade desgardes se jettent sur les flancs de Morand; battu de front par l’artillerie de Doctorof,et assailli sur sa droite par le general Wassiltschikof, il est force de revenir sur leravin, tandis que le general Bonami tombe crible de coups dans la redoute, avec unepartie du 30 e . Le feu de notre artillerie, placee en arriere de Semenowskoie, arretele mouvement des Russes .
Pendant ce temps, Poniatowski, qui, au moment de la prise de Semenowskoie,avait penetre dans le bois ä notre extreme droite, s’etait avance sur Tuczkof, l’avaitCharge et s’etait rendu maitre d’un mamelon important pres de la vieille route, estä son tour attaquö dans cette position par Tuczkof, renforce d’une partie du corps deBaggawout Ijaune). Le combat, tres anime, coüte la vie ä Tuczkof; Poniatowski (bim)est oblige d’abandonner le mamelon,
A onze heures, l’armee frangaise etait en possession des hauteurs occupees, danslamatinee, par la gauclie de l’armee russe; cette gauche etait reduite ä l’inaction ,cependant il fallait achever d’enlever la victoire encore suspendue et sans resultats; lemarechal Ney demande des renforts et se Charge de la fixer sur nos drapeaux. Nousallons alteindre ce resultat glorieux, lorsque tout-ä-coup l’ennemi parait diriger unegrande attaque contre le prince Vice-Roi qui est oblige de repasser sur la gauche dela Kolotscha. La division Claparede de la garde est envoyee ä son soutien. Mais cemouvement reste sans suite; il a ete fait par Ouwarof et Platof (minium) qui, apresavoir decrit un large Circuit, sont venus, avec neuf ou dix mille chevaux, assaillir labrigade de Ornano (bleu) placee en I’air, pres de Loghinowo. Cette brigade se replieen arriere de laWoina, et la division Delzons , formee en carres {bleu), regoit si vigou-reusement cette masse de cavaliers, qu’ils s’arretent, tournent bride et disparaissent.
Neanmoins cette echauffouree avait suspendu une Operation decisive, le momentpropice ä son execution etait passe, et nos succes furent bornes par une circonstancesans gravite.
Aussitöt apres la disparition d’Ouwarof et de Platof, Napoleon ordonne de renou-veler l’attaque de la grande redoute, et prescrit ä la droite de deboucher en avant deSemenowskoie. Les Russes s apergoivent de nos dispositions et se preparent a unenouvelle lutte. Koutousof fait relever le corps abime de Raefski par celui d’Oster-mann qui s’appuie la droite ä la grande redoute et la gauche vers Semenowskoie;ses eolonnes sont bientöt sillonnees par l’artillerie que le general Sorbier a amonceleesur le front de notre droite, mais eiles restent immobiles. L’armee russe se couvrede feu ä son tour, et d’une extremite ä l’autre des lignes, le canon tonne sans reläche.
Douze cents pieces vomissent la mort sur l’espace d’une Iieue. C’est un spectacleaussi imposant ä 1’ceil qu’affreux par ses ravages.
L’attaque generale va commencer lorsque Montbrun est empörte par un boulet, ala tete de son corps; Caulincourt ( violet) le remplace. Il s’elance vers lafameuseredoute avec la division de cuirassiers Wathier; Morand, Broussier et Gerard ( violet)le suivent et l’appuient avec leur infanterie. Apres avoir longe une partie de la lignerusse, il se precipite sur l’ouvrage, renverse les bataillons qui le defendent, y entreau galop par la gorge avec le 5 e de cuirassiers, et est frappe ä mort au milieu de sontriomphe. Le corps d’Ostermann, deux autres de cavalerie et la vieille garde russetombent alors sur les vaillants cavaliers de Caulincourt qui viennent se reformerderriere Tinfanterie du Vice-Roi. A son tour, cette infanterie marche ä la redoute quedefend la division Lichatschef; eile est conduitepar Eugene lui-meme, qui, l’epee äla main, la guide avec autant de talent que de vigueur. Rien ne peut resister ä ceseolonnes; les ennemis sont enfonces, mis en deroute, et Lichatschef fait prisonnierdans la redoute meme qui reste enfin en notre pouvoir. Grouchy se precipite alorssur les bataillons de Doctorof qui sont dans un desordre affreux; il les traverse en lesecrasant avec ses escadrons, Charge ensuite les chevaliers-gardes et la garde ä chevalqui essaient de l’arreter, et ne rentre en ligne qu’ä l’arrivee des corps de Korf et dePahlen qui menagent de l’accabler.
Les Russes , rejetes en arriere vers Tatarinowo (minium), se reforment encore, es-saient vainement quelques retours offensifs, puis n’osant plus revenir ä la Charge, sebornent ä une vive canonnade ä laquelle nos artilleurs repondent avec une ardeurau moins egale. Cependant leur cavalerie ralliee tente d’enlever nos batteries, maiseile esttoujours repoussee, et les masses russes restent ainsi pendant deux heures sousle feu des pieces frangaises qui enlevent des pelotons entiers. Enfin Bagration , blesseä mort, se voit sur le point d’etre tourne et ordonne la retraite.
Poniatowski avait repris l’offensive. Le mamelon qu’il avait cede ä Tuczkof est at-taque de nouveau par son infanterie formee en eolonnes {bleu ); Baggawout, qui rem-place Tuczkof mort, ne peut s’y maintenir; il bat en retraite sur Astchepkowa et vase joindre ensuite aux debris de Bagration refugies vers Kuioskowo (minium) d’oüils furent tous rejetes dans les bois peu de temps apres.
La bataille etait finie, eile etait gagnee par nous, et la nuit protegeait la retraite deKoutousof; mais la victoire nous avait habitues ä recueiliir de plus nombreux trophees.Soixante-dix mille tues ou blesses des deux partis couvraient le champ de bataille,sept de nos generaux avaient perdu la vie, huit etaient blesses. On comptait parmi lesmorts, du cöte des Russes, le prince Bagration , Tuczkof, Kaisarof et nombre d’autres,dix etaient blesses, la moitie de l’armee russe et le tiers de l’armee frangaise etaienthors de combat!....
Leiendemain l’avant-garde se mit ä la poursuite de l’ennemi, etle 14, l’Empereuret son armee entraient dans Moscou .
La suite de cette celebre et fatale Campagne estconnue!