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Tome premier.
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SCULPTURE SUR BOIS .

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ou entrepots de vivres, etaient ornes des memes sculptures; des caria-tides de grandeur naturelle, repetant le meme motif de figures gro~-tesques tirant une langue demesuree, mais d’une finesse d’executionextraordinaire, supportaient les toits de beaucoup d’habitations, dontles fenetres avaient des chassis fouilles avec plus de soin et de profu-sion ornementale encore. L 1 avant et l’arriere de leurs canots de guerrerivalisaient avec les monuments funebres et les habitations par larichesse et la gräce des sculptures qui les decoraient. Des statuescolossales en bois, toujours d’apres le meme modele, etaient erigeesautour de leurs pahs, ou villages fortifies, soit en l’honneur de quel-que guerrier fameux ou en commemoration d’une brillante victoireremportee par la tribu sur ses ennemis. A la verite, les memes motifsetaient partout repetes, en plus grand ou en plus petit; les sculpteursnewzelandais ne sortaient pas de leurs figures grotesques tirant lalangue aux passants, et de leurs spirales doubles ; le corps et lesmembres de leurs statues, comme leurs tetes, conservaient en toutlieu les memes proportions hors nature; mais le fini de l’executionetait veritablement merveilleux.

Ces artistes poussaient si loin la passion de la sculpture, qu’ilsen decoraient leurs Cannes , leurs ustensiles usuels, les manches deleurs haches et leurs armes ; mais sans montrer plus d’imaginationdans un cas que dans l’autre, n’ayant pas songe a organiser l’ensei-gnement esthetique de l’art aux antipodes de la civilisation.

Enfin, ily a une soixantaine d’annees, la civilisation europeennes’etablit parmi eux, sous la forme de missionnaires anglicans, uneBible d’une main et une bouteille de rhum de l’autre ; — et adieu l’art!A l’exception de quelques menus objets conserves dans les musees,plus aueun specimen de la sculpture maorie. Le climat de la Nouvelle-Zelande est humide et chaud; les monuments en bois y sont rapide-ment detruits, et toutes ces sculptures, qui ornaient jadis habitationset monuments commemoratifs, etaient creusees dans le pin rouge;avant de connaitre les bienfaits de la .civilisation, les artistes de laNouvelle-Zelande relevaient leurs monuments detruits, reparaientleurs maisons et leurs entrepots degrades, refaisaient leurs statues,allaient jusqu’ä remplacer une langue mangee aux vers : on ne rencon-trerait plus maintenant, dans leurs pahs desertes et tombes en ruine,une seule colonne sculptee debout, pour porter temoignage d’un passeglorieux!

Est-ce que ces sauvages seraient aussi sensibles que vous et moia la perte de la liberte?...

K . Bitabd. — Abts et M£t. — Ed. J. Rouff.

Liv. 31 .