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THUCYMDF., UV. VII.
adversaires eux-mömes si puissans, sejoignant ä notre valeur naturelle, nosesperances, par ces deux raisons, sonldoublees; et d’ordinaire beaucoup d’es-poir donne, au moment d’agir, beau-coup de resolution. Ce que nous avonsä imiter en preparatifs pour nous de-fendre contre les leurs, nous est familierdejä, et aucune de leurs tentatives nenous trouvera au depourvu. 11s ont,contre leur usage, fait monter sur lesponts nombre d’hoplites, quantite degens de trait, hommes de terre ferme,si l’on peut parier ainsi, des Acarnaneset autres, qui, loin d’felre habiles ä lan-cer des traits, puisqu’ils sont commeattaches sur des vaisseaux, troublerontnöcessairement le Service de la flotte, etse troubleront eux-memes de balance-mens nouveaux pour eux. La multitudede leurs vaisseaux ne leur sera d’aucunavantage: j’en avertis ceux d’entre vousque pourrait intimider le petit nombredes nötres. Des bätimens nombreux,combattant dans un espace resserre, se-ront lents ä executer les manoeuvres, etplus faciles ä endommager par les ma-chines que nous avons preparees. Appre-nez la verite, d’apres des rapports quenous croyons fideles. Accables de millemaux, consternes de leur denüment,hors d’eux-memes, ne se fiant guereplus ä leurs preparatifs qu’ä la fortunedont ils veulent courir les chances, ils seproposent, dans leur desespoir, de for-cer le passage et d’echapper par mer, oude faire relraile apres un combat deterre, assures de ne pouvoir devenir,quoi qu’il arrive, plus malheureuxqu’ils ne le sont.
Chap. 68.« Precipitons-noussurcettearm6e en dSsordre, et bravons la for-tune de nos plus morteis ennemis, quise trahit elle-meme. Croyons qu’il esttres-legitime d’assouvir son ressenti-ment contre des hommes qui n’ont pour,
colorer leurs injustices que le pr&cxtede punir un agresseur; et, en exer^antune legitime vengeance, nous goüte-rons le plaisir qu’on dit ötre le plusdoux. Vous le savez tous, ils ont mar-che sur notre pays en ennemis, et enennemiscruels, pour nous asservir. S’ilsavaient reussi, ils auraient condamneles hommes aux plus aflreux lourmens;nos enfans et nos epouses ä I’ignominie;la republique entiere, ä porter le plushonteux de tous les noms. Justementindignes d’un pareil attentat, soyez im-pitoyables, et croyez n’avoir rien gagnes’ils operent impunement leur retraile;vainqueurs, quel plus beau fruit reti-reraient-ils de leur victoire ? Mais si,comme il est vraisemblable, notre at-tente n’est point trompöe, le prix ducombat sera pour nous la gloire de lesavoir punis, et d’assurer ä la Sicile cetteliberte dont eile jouissait auparavant.Les plus nobles perils sont ceux oü l’ona peu ä perdre par la defaite, et beau-coup ä gagner par la victoire. »
Chap. 69. Les generaux de Syracuseet Gylippe, apres avoir ainsi exhorteleurs soldats, voient les Atheniens mon-ter sur la flotte; eux-mömes, ä 1'instant,embarquent leurs troupes. CependantNicias, effrayedesa position, conside-rait toute la grandeur du peril (on tou-chait au moment de quitter la rive). IIressentit alors tout ce qu’on eprouvedans les occasions decisives. II lui sem-bla que, dans le fait, tout lui manquaihet que, dans sa harangue, il n’avait pasencore dit tout ce qu’il devait dirc. Lestrierarques furent donc mandes I'unapres l’autre; il nommait chacun d’euxpar son nom propre, par celui de sonpere, par celui de sa tribu; exhortantceux qui avaient brilld de quelque eclat,ä ne pas le ternir; ceux qu’illustraientleurs ancetres, ä ne pas deshonorer lesvertus de leurs peres; il leur rappelail