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Tome premier.
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1A CYROPtDIF. — MV. IV.

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contraire. Ce qui mettait le comble äleur decouragement, c’est que les pvin-cipaux ofliciers de l’armee semb'aientavoir perdu jusqu’ä Ja faculte de pen-ser: ilsabandonnerenl donc leur campet se sauverenl ä la faveur de la nuit.

Au point du jour, com me on s’aper-gut de la desertion du camp, Cyrus yfit entrer les Perses les premiers. Lesennemis y avaienl laisse quantite debvebis, de boeufs, de chariots vemplisd’uneinfmiledechosesmiles. Les Medesqui elaienl demeures avec Cyaxare s’yrendireut aussi, et loute l’armee y fitson repas. Cyrus, ayant ensuite con-voque ses taxiarques, leur adressa cediscours: « Mes amis, que de biens, etquels biens encore , nous echappent,lorsque les dieux nous les olTraient!Les ennemis , frappes de lerreur, ontpris la fuite, vous le voyez. Commentdes gens qui ont abandonne, en fuyant,des relranchemens oti ils elaienl ä cou-vert tiendraient - ils devant nous enrase Campagne? Comment les mömeshommes qui ont lache pied avant denous connaitre oseraient-ils, baltus etmaltrailds, resisler ä leurs vainqueurs,lorsque les plus braves d’entre eux ontperi? De meprisables soldats voudront-ils se mesurer avec nous? —Pourquoi,s’ecria quelqu’un , avec un avantageaussi marque, ne nous bätons-nous pasde les poursuivre? — Parce que nousmanquonsdecavalerie, repliqua Cyrus,et que les plus considerables d’entreles ennemis, qu’il nous importcrait leplus de luer ou faire prisonniers, s’cnretournent ä cbeval dans leur pays.Nous avons bien pu, avec l’aide desdieux, les mettre en deroule; mais il Inous est impossible de les atleindre en !les poursuivant. — Que n’allez-vous,lui repondit-on , cn faire l’observationa Cyaxare?—Eh bien, venez tous avecutoi, afin qu’il voie que nous pensons

tous de meme. » Ils le suivirent, etdiretit tout ce qui leur parul le pluspropre ä faire reussir ce qu’ils propo-saient.

Cyaxare, soit jalousie de ce que lesPerses ouvraient les premiers cet avis,soit persuasion qu’il serait sage de nepas courir de nouveaux basards (car leroi se livrait alors ä la joie, et voyaitbeaucoup de Medes imiter son exem-ple), vepondil : «Cyrus, je sais, pourl’avoir vu et oui' dire, que vous autresPerses, vousetes, de tous les hommes,les plus exerces ä n’user immoderementd’aucun plaisir. Pour moi, je pensequ’il importe bien da van tage de se mo-derer au milieu des plus grandes jouis-sances : or, y a-l-il rien au monde quien procure de plus sensibles que nolrebonheur present? Si nous lemenageonssagement, sans douie heureux loin desdangers, nous vieilliions en paix : si aucontraire nous sommes insatiables, etqu’apres ce bonheur nous en poursui-vions un autre, craignons le sorl de cesnavigateurs qui, eblouis de leur for-tune, s’obstinent ä courir les mers, jus-qu’ä ce qu’ils perissent enfin; ou de cesguerriers qui, vainqueurs d’abord, per-dent le fruit de leur vicloire, pour avoirvoulu en obtenir une seconde. Si les en-nemis qui ont pris la fuite nous dlaientinferieurs en nombre, sans douie noushasarderions peu ä les poursuivre; maisconsiderez que nous n’avons defait,avec loutes nos troupes reunies, qu’unetres-petile partie des leurs, et que lesautres n’ont point combattu. Si nous neles provoquons pas, comme ils ne con-naissent ni leurs forces, ni les nötres,

I ils se retireront par ignorance et pusil-! lanimite; mais s’ils voienl que la fuiteleur est aussi dangereuse que la resis-tance, n’est-il pas ä craindre qu’ils nedeviennent braves malgre eux? Persua-dez-vous que vous ne desirez pas plus