126 MEMOIRES DE VICOMTE DE TERENWB.
ceux qui lui voulaient du mal, quietaient en tres grand nombre. .
Ces raccommodemens avec la courayant attiri toute la cabale, M. le Car-dinal s’en servit adroitement pour laregagner, et concerta avec ceux qui enßtaient les principaux chefs, et quiavaient grand cr6dit sur l’esprit deM. le duc d’Orleans, les moyens defaire arrötcr M. le prince. II y trouvaitd’ailleurs un tres grand obstacle par laliaison qui 6tait entre M. le prince etM. de la Ri viere, qui avait un grand pou-voir sur l’esprit deM. le ducd’Orl6ans.M. le Cardinal surmonta enfin ces dif-ficultes, et ayant gagne M. le duc d’Or-leans, on fit arrdter, un jourde conseil,M. Ie prince, M. le prince de Conti etM. de Longueville, qu’on fit mener,par les gendarmes du roi, au bois deYincennes.
M. de Turenne avait bien vu, dansces derniers temps, que M. le prince sebrouillait avec tout le monde, et qu’ildonnait grand sujet de mecontente-ment ä la cour, par le mariage de ma-dame de Richelieu, et en soutenantJersey contre la reine. M. le Cardinalfaisait faire de temps en temps degrands complimens ä M. de Turenne,lui promettant qu’il irait Commander,s’il le voulait, la Campagne prochaine,l’armöe de Flandre; et, sachant quedepuis quelques jours il n’allait plusgu&re chez M. le prince (qui en effetne lui faisait pluspart de sa conduite),M. le Cardinal esperait, comme il lui adit depuis, qu’il ne se mettrait pas sipromptement dans les int6r6ts deM. le prince. A l’instant möme que leprince fut arr6t6, M. le Cardinal en-voya M. de Ruvigni trouver M. de Tu-renne pour l’assurer qu’il y avait süreteentiere pour lui, et lui promit beau-coup de bons traitemens en tout cequi le concernerait. M. de Turenne,
quoiqu’il fut persuade qu’il v avait sfi-ret6 pour lui ä la cour, et qu’il füt bienvrai que M. le prince ne vivait pas tropbien avec lui depuis quelque temps,ne voulant pas abandonner le princedans son malheur, partit la nuit qu’ilfut arrßte avec quatre geiitilsliommes;et, n’ayant point d’argent, s’en allachez M. de Varennes, qui lui pröta sixCents pistolesetl’accompagna äStenai.M. de Chamilli, qui y conamandaitpour M. le prince, re^ut M. de Tu-renne dans la ville avec beaucoup dejoie; trois ou quatre jours apres, lacour lui envoya Päris , pour le convierä retourner, avec toutes les promessesque l’on peut faire; mais, ne pouvantse contenter l’esprit s’il entendait äaucune negociation durant le malheurde M. le prince, il renvoya Päris sansvouloir rien ccouter, et resolut deprendre toutes les voies pour obligerla cour ä relächer M. le prince, et den’oublier rien pour faire apprehenderles malheurs que pouvait causer sonlong emprisonnement.
Il envoya, suivant cette resolution,a toutes les troupes qui etaient ä M. leprince et ä tous les gouverneurs qu’ilcroyait mecontens de la cour, ou quietaient de ses amis. De tous, il ne putattirer que vingt ou trente officiers; etdes personnes de qualite, il y eutM. de Duras et M. de Boutteville, quietaient dans les interöts de M. le prince;M. de Turenne envoya aussi aux trou-pes qui avaient servi sous lui en Alle-magne, et qui 6taient dispersees endivers endroits; mais il ne put gagnerque trois regimens d’infanterie: celuide la Couronne, celui de Turenne etcelui du Passage, qui quitterent laLorraine, marcherent en corps avecleur bagageet le vinrenl joindre ä Ste-nai. Le regiment de Beauveau, cava-lerie, voulait rejoindre son colonel qui