DU ROI DE PRUSSIS.
233
mi. et qu’on se retire pour mieuxavancer. Dans cette vue, on disitribueses troupes de maniüre qu’on puisseles assembler promptement, pomr for-cer les quartiers ennemis. Si vousrüussisseza cela, vousriiparez en quin-ze jours tous les malheurs de la Cam-pagne.
Lisez les deux dernikres campagnesde Turenne, et ütudiez-Ies souvent :i:e sont des chefs-d’oeuvre de stratage-mes de notre temps.
Les ruses dont se servaient les an-viens ä la guerre sont aujourd’huife partage des troupes legeres; ellesdressent des embuscades, et tächentd’attirer l’ennemi dans un defile parune fuite dissimuI6e, pour le sabrerapr&s. Prösentement il y a fort peu degenöraux assez nialadroits pour don-ner dans ces sortes d’embuscades.Charles XII fut pourtant seduit ä Pul-tawa par la trahison d’un des chefs desCosaques. La müme chose arriva äPierre I or sur le Pruth , par la fauted’un prince de ce pays. Chacun desdeux avait promis des vivres, qu’il nepouvait pas fournir.
Comme j’ai assez dütaillü, dans monregiement militaire, comment il fautfaire la guerre par des partis et desdütachemens, j’y renvoie tous ceuxqui veulent s’en rafraichir la memoire,parce que je ne saurais y rien ajou-ter.
Pour ce qui regarde l’art de savoirobliger l’ennemi ä faire des dötache-mens, on n’a qu’ä lire la belle Campa-gne de 1690, que le marechal deLuxembourg fit contre le roi d’Angle-| terre en Flandre, qui se termina par la* bataille de Neerwinde.
ARTTCLE XII
Des espions; comment il laut s’en servir en
toule occasion, et de quelle maniöre on peu»
avoir des nouvelles de l'enncmi.
Si on savait toujours d’avance lesdesseins de l’ennemi, on ne manque-rait jantais de lui 6tre superieur avecune armee inferieure. Tous les günö-raux qui commandent des armdes tä-chent de se procurer cet avantage,mais il n’y en a guüre qui y reussis-sent.
Il y a plusieurs sortes d’espions :1° des gens ordinaires, qui se mölentde ce mütier; 2° des doublcs .espions;3“ des espions de consequence, et 4°ceux qu’on force ä ce malheureux mu-tier.
Les gens ordinaires, comme les pay-sans, les bourgeois, les prßtres, etc.,qu’on envoie dans le camp ennemi, nepeuvent ötre employüs que pour sa-voir d’eux oü est l’ennemi.
La plupart de leurs rapports sont siobscurs, qu’ils ajoutent aux incertitu-des oü Ton ötait.
L’dnoncü des düserteurs ne vaut or-dinairement pas mieux. Le soldat saitbien ce qui se passe dans le rügimentoü il est, mais rien de plus. Les hus-sards ütant, la plus grande partie dutemps, absens de l’arm^e et detachesen avant, ne savent souvent de quelc6t6 eile est campec. Malgrü tout cela,on fait coucher Ieur rapport par ücrit;c’est le seul moven d’en tirer quelqueavantage.
On se sert des doubles espions pourdonner de fausses nouvelles a l’enne-mi. Il y avait un Italien ä Schmiede-berg, qui faisait l’espion chez les Au-trichiens, ä qui on fit accroire quenous nous retirerions ä Breslau lors-que l’ennemi s’approcherait. II en don-