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ennemies. Je crois que soixante-et-dixmille houmnes devraient ötre la Pro-portion de l’armöe la plus considera-hle, et qu’une armee pareille, bienconstituee et bien commandfe, lutte-rait avec avantage contre une de qua-tre vingts et de cent mille. Je crois quetout g6n6ral, qui connaitrales ressour-ces de la tactique, et qui sera sür deses troupes, ne voudra jamais que lasienne soit au-dessus de cette Propor-tion, parce qu’il calculera que ce qu’ilparaitrait gagner du cöte du nombre,il le perdrait par l’accroissement del’embarras, par la lenteur des mouve-mens et par la difficultd des subsistan-ees. Enlin, Turenne le disait, et l’opi-nion deeegrand homme doit faire loi.« Toute armee de plus de cinquante» mille hommes est incommode pour» celui qui la commande et pour ceux» qui la composent. »
Mais, pour qu’un general ose seeharger d’une responsabilit6 aussigrave que celle de s’ecarter de la rou-tine,enintroduisantun nouveau genrede guerre, il faut, je le röpete, qu’ilait d’excellentes troupes; il faut que,si elles ne sont pas composees de l'elitedes citoyens, et que la Constitution del’EIal soit teile que le gouvernementn’y puisse et n’y veuille rien changer,elles reparent du moins ce vice primi-tif par toute la pcrfection possible dansleur Constitution interieure, dans leurdiscipline et dans leur tactique. Il fautque le temps de la paix soit mis a pro-fit pour les former, pour instruire,elles,ainsi que les hommes qui doivent lescommander. Les camps, que je vaisproposer, rempliront, je crois, cet im-portant objet.
C’est unt idfe bien ancienne quecelle de former des camps de paix.Les Romains etaient dans cetusage,feurs iegions rampaient presque toute
l’annöe. Au moven ile cette institu-tion,la discipline de ces lögions sur-vecut quelque temps ä la corruptionde l’empire. Mais peu ä peu le luxepenetra dans ces camps; il y relächala discipline; il les peupla d’histrions,de courtisanes, d’ouvriers, de mar-chands, de toutes les professions quiengendrent la mollesse et qui portentä la dübauche. Il en fit des villes, etalors les vertus guerrieres n’ayantplusd’asile, c’en fut fait d’eliesetdel’empire.
Aucune nation n’a imite les Ro-mains; aussi aucune milice n’a egale laleur. Louis XI V et Auguste I er ontfor-m6 des camps de paix; mais c’etaientuniquement des camps de parade. Cesprinces cherchaient l’occasion de don-ner des fötes d’uu nouveau genre; ilsfaisaient osteutation de leurs troupescomme des dorures de leurs palais, Leroi de Prusse est le premier modernequi ait forme des camps d’instrucliou,qui ait fait servir ces camps ä executerdes marches, des ordres de bataille eta former des generaux. On sait le fruitqu’il en a retire; et cependant, quelledifterence de ces camps de quinzejours, et exclusivement destines ä ren-dre des troupes manoeuvrieres, a cescamps stables oü les Romains bra-vaient les saisons, remuaient la terre,pliaient ä la guerre leurs corps et leursesprits!
Pendant la paix derniöre, on a for-m6 aussi des camps en France ; maison n’avait pas alors les premieres no-tions de la tactique: on faisait bonnechere, on manoeuvrait pour les dames,on se separait sans avoir rien appris.Pendant cette paix nous formons tousles ans des camps, et ils ne sont guereplus utiles. Le temps s’y passe en re-vues et en exercices de detail. C’estä qui y paraitra avec les armes les plus