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Tome cinqième.
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P0LIT1QÜE.

Les philosophes, ou, pour parierplus juste, les gens faisant professionde philosopher, attribuent ä ce Sys-teme des effets bien funestes : « Les» arm^es. disent-ils, sont ä la fois les» instrumens de l’oppression et les l'co-» les de l’esclavage; c’est par la terreur» qu’elles imposent, qu’aucun peuple» n’ose soulever ses chaines et regar-» der en face ses tyrans. » De lä, neconsiderant plus les armees que sousce point de vue, oubliant que s’il estdes guerres injustes, il en est de ne-cessaires: que si les troupes sont quel-quefois des suppöts de despotisme, el-les sont plus souvent la sauve-gardedes nations, ils confondent ensemblele fleau et la profession, passent del’horreur de Tun a la haine de l'autre,appellent les gens de guerre des sti—pendiaires, des satellites, et cepen-dant jouissent de la securite que lesgens de guerre leur procurent, soiten conservant la paix, parce qu’ilsveillent autour d’eux, soit en ecar-tant la guerre de leurs foyers, parcequ’ils vont combattre et mourir auloin pour eux.

11 y a dans ces imputations, faitesau systfeme de guerre moderne, quel-ques vdrites möldes ä beaucoup d’er-reurs et d'injustices. Je vais en entre-prendre l’analyse et la refutation. Jevais prouver que de tous les systemesde guerre qui ont existe, le Systememoderne est le plus savant et le plusparfait, si on le considere du cötd de! l’art, et en m&me temps le plus avan-tageux aux gouvernemens et aux na-tions ; le moins deslructeur, le moinscalamiteux, le plus conservateur de lapaix et des empires, si Ton calculeses effets et ses resultats. Sans doute ilm’est doux de defendre une Scienceque je cultive et une profession quim’honore; mais, ce plaisir ä part, la

solution de ce probIhme peut changerutilement le cours des opinions.

Reconnaissons d’abord, comme unebase incontestable, que la philosophies’eleve en vain contre la guerre, qu’eilen’en detruira pas l’usage. Pour y par-venir, il faudrait aneantir les passions;il faudrait creer des peuples d’anges;encore voyons-nous que l’orgueil etl’ambition tinirent par mettre ces der-niers aux prises avec leur Createur. Sila guerre est un resultat infaillible despassions de l’espece humaine, il fautdonc un art de la faire, et des hommesqui s’y consacrent.

Cettc base pos6e, declamer contrela guerre en vers et en prose, porterdes anathemes philosophiques contreeile, c’est batlre l’air de vains sons;car sürement les princes ambitieux, ouinjustes, ou puissans, ne seront pascontcnus par Iä. Mais ce qui peut et cequi doit necessairement en rösulter,c’est d’eteindre peu ä peu l’esprit mi-litaire, de rendre le gouvernementmoins occupe de cette importantebranche de l’administration . et de li-vrer un jour la nation, amollie et de-sarmee, ou, ce qui revient ä peu prbsau m6me, mal arm6e, et ne sachantpas se servir de ses armes, au joug denations aguerries qui auront moins delumieres peut-ötre, mais plus de juge-ment et de prudence.

Parlerai-je d’une autre erreur plusStrange encore, c’est celle qui faitpenser ä des gens de beaucoup d’es-prit, mais dgarös par leur cceur, qu’unjouril n’y auraplusde guerre, que lespeuples et les souverains se rendrontsur cela ä l’övidence de la raison et deslumieres : comme si les hommes, soitindividuellement, soit reunis pou-vaient jamais cesser d’6tre animes parla vengeance, par l'ambition, par I’a-mour de la gloire, par I’interöt, toutes