• DOMINION OU PUISSANCE DD CANADA. 89
mille bûcherons qui se répandent chaque hiver dans les forêtspour le compte des grands commerçants de bois d’Ottawa neménagent rien, et ne se soucient ni du repeuplement, ni de laprotection des jeunes pousses. Les plaines et les vallées ont étédépouillées ; les bûcherons portent maintenant la hache dans lesbois qui couronnent les coteaux rocheux des Laurentides, et qui,tamisant les pluies par leur terreau, maintiennent la limpiditédes lacs et la régularité du débit des rivières. « Au train dont» nous allons, disait un sage Canadien , nos superbes forêts» auront été avant longtemps dépouillés de leurs meilleures es-» pèces de conifères. Déjà, pour obtenir des bois de mâture, on» est obligé d’aller en abattre à 300 milles d’Ottawa , et il faut» franchir une bonne distance pour couper les bois de con-» struction. Que sera-ce dans dix ans ? dans vingt ou trente ? »
J.a vie dans les bois.
« A la fin de l’automne, plus de vingt-cinq mille hommesse dirigent vers les bois, s’enfoncent dans leurs profon-deurs, pour ne sortir de leur retraite qu’au printemps, alorsqu’ils opèrent la descente de ces magnifiques radeaux quicouvrent les rivières comme des ponts flottants.
» Cette armée de travailleurs pénètre jusqu’aux pointsles plus reculés de cette vaste région. Rien ne les arrête.Ils atteignent maintenant des lieux que l’on croyait inac-cessibles. Torrents, précipices, rapides dangereux, rochersabrupts, aucun obstacle ne les effraye. On les retrouve parbandes jusqu’aux confins des régions boisées sur les bordslointains du lac Témiscamingue et tout le long des nom-breux affluents de l’Outaouais, à plusieurs cents milles deleur embouchure dans la grande rivière.
» Aussitôt que les voyageurs sont rendus sur le théâtrede leurs opérations, ils se construisent une longue habita-tion formée de poutres grossières, ponr s’abriter contre larigueur de la température. Elle doit pouvoir donner placeà quarante ou soixante hommes pendant six à neuf mois.Cette demeure est nécessairement très froide et la bise ysouffle librement. Pour y jeter un peu de chaleur, on établitau milieu la cambuse ou cuisine, et des pièces de bois
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