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L' Amérique : choix de lectures de géographie accompagnées de résumés, d'analyses, de notices historiques, de notes explicatives et bibliographiques / L. Lanier
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DOMINION OU PUISSANUE DU CANADA . 119

Manitoba . Lagriculture les attire ; sur 7 000 colons, les Fran­ çais comptent 3 330 individus de leur race.

« Des centaines de petits Canadiens surgissent comme de» dessous terre, sébattent sur la voie publique et, sans respect» pour la race conquérante, échangent de vigoureux coups de» poing avec les rejetons de la Grande-Bretagne. A cette vue,» lAnglais devient mélancolique : les plus tristes pronostics» lassiègent, et pour la première fois il se prend à douter do» .son avenir, comme si ces voix enfantines lui criaient : « Frère,» il faut mourir! » Dans ce croit exubérant, il pressent une» prochaine majorité délecteurs, un peuple qui lenfermera» lui et les siens, comme dans un étau, qui francisera ses petits-» enfants !... Il passe donc lOttawa ; mais, ô malheur ! son» ennemi implacable enjambe le fleuve derrière lui, sinstalle,» cultive et se multiplie sans pudeur sur la rive anglaise L »

Le Manitoba compte actuellement 40 000 habitants environ,dont les trois cinquièmes sont de souche française. Le centreprincipal de ces métis français est Saint-Boniface , la ville nais-sante qui fait face à Winipeg , sur la rive droite de la Rivière-Rouge. Elle est le siège dun archevêché catholique, occupépar M. Taché 1 2 ; elle possède un collège, une cathédrale, uneécole supérieure de jeunes filles, un couvent, un orphelinat,un hôpital. Elle est rattachée, comme Winipeg , au lac Su­ périeur par une route de 700 kilom., œuvre de lingénieurDawson, dont elle porte le nom, qui en proposa le plan en 1839,et, après mille obstacles vaincus, réussit à la faire ouvrir. Surle parcours, M. de Lamothe a rencontré partout des « habi-tants » ou paysans franco-canadiens. Un jour quil était entrédans une petite cabane élevée sur le bord de la route, les villa-geois lentourèrent ; une conversation familière sengagea , àlaquelle les enfants eux-mêmes se mêlèrent, et une bonnefemme lui dit, non sans un sentiment de naïve fierté : « Ah !» msieu, chez nous, cest pas du monde du vieux pays. Dans» c pays cite, nous sommes des pauv Français sauvages.» Mais, voyez-vous, nous sommes de beu bons Français tou t» de même. »

1. J. Guérard, La France canadienne. Correspondant, avril 1877.

2. M. Taché, auteur dun ouvrage cité ailleurs, est par son père un arrière-petit-fils de Louis Joiiet, Je découvreur du Haut-Mississipi, et par sa mère l'ar-rière-petit-neveu de lillustre explorateur, Varenne de la Vérandrye.