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DOMINION OU PUISSANCE DU CANADA. 12l
» Mais un joui 1 on vit le consul de France entrer l’air soucieux» dans les bureaux de l 'Evénement, et un instant après, la foule» consternée put lire en tête du sommaire du journal, affiché» suivant la mode américaine, la nouvelle, trop certaine cette» fois, de la capitulation de Sedan . Chacun avait les larmes aux» yeux, me disait un témoin de cette scène, et quand le consul» sortit des bureaux du journal, toute cette foule obéissant à» un même sentiment et d’un même geste spontané, se déeou-» vrit respectueusement sur son passage *. »
On n’a pas oublié que lorsqu’en 1872 fut ouverte dans toutela France , sous l’élan d’un noble sentiment de patriotisme, lasouscription pour la délivrance du territoire, les Canadiens nousenvoyèrent des premiers avec l’expression de leurs sympathiesles plus chaudes, leur offrande pour le paiement de notre ran-çon. On pourrait multiplier ces exemples; on en trouvera milledans tous les récits de voyage au Canada 2 .
1. De Molinari, Lettres sur les Etats Unis et le Canada .— Un des représentantsles plus sympathiques et les plus populaires de la littérature canadienne -fran -çaise, M. Louis Fréchette , a écrit en l’honneur de la France plusieurs pièces devers admirables par la vigueur de l’inspiration et la généreuse noblesse des sen-timents. On peut lire dans 3c Monde illustré (n° du 9 septembre 1882) la repro-duction du morceau intitulé 1870 et publié par Y Opinion publique , journalillustré français de Montréal . Les œuvres de M. Louis Fréchette ont été oouron-nces en 18S1 par l'Académie française qui a accordé à l’auteur canadien un prixMonthyon.
2. Le gouverneur actuel du Canada , marquis de Lorne, marié à la princesseLouise, fille de la reine Victoria , a remplacé en 1878 M. Frédéric Temple, comtede Dufferin, dont un écrivain canadien peu suspect de tendresse pour les Anglais et leurs hommes d'Etat, a dit : « Lord Dufferin est le plus galant, le plus aimable,le plus intelligent des gouverneurs que l’Angleterre nous ait donnés depuislord Elgin et de longtemps avant lui. » Il fut un gouverneur constitutionnel, illaissa la colonie jouir de la plénitude do ses franchises parlementaires. Sa pen-sée favorite, maintes fois exprimée en public, était que la prospérité du Canada dépendait de la coexistence et de la coopération dans la colonie des races diffé-rentes. Ses prédilections se portaient d’ailleurs vers les Canadiens plus cultivés,plus amis des lettres et des arts. Nous avons plaisir à citer les paroles flatteusespour la France et justes en môme temps qu’il prononçait dans un de ses der-niers discours avant de quitter le Canada :
n Mon aspiration la plus chaleureuse pour cette province a toujours été de» voir les habitants français remplir pour le Canada les fonctions que la France * elle-même a si admirablement remplies pour l'Europe . Effacez de l’histoire» de l’Europe les grandes actions accomplies par la France , retranchez de la» civilisation européenne ce que la France y a fourni, et vous verrez quel vide» immense en résulterait. »
Les progrès de l’élément français se marquent par l’augmentation de la popu-lation, et aussi par l’accroissement de l’influence politique, industrielle et agri-cole. Le maire d’Ottawa est un Français : toutes les municipalités qui entourentMontréal sont aux neuf dixièmes françaises : partout, dans les manufactures,on entend parler le français . On compte au Canada environ quatre-vingts jour-naux rédigés en langue française .
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