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194 LECTURES ET ANALYSES DE GEOGRAPHIE,miers arrivés venaient du seul État à esclaves de l’ouest,le Missouri . Après avoir traversé les déserts du continent,après avoir les premiers occupé les terrains aurifères, lesMissouriens virent arriver leurs frères de l’est, qui devin-rent bientôt de formidables compétiteurs. L’antagonismequi, dans le vieux monde des Américains, a toujours sub-sisté entre le Yankee et l’homme du sud, venait s’ajouteraux rivalités du métier. Comme moralité, les uns valaientles autres 1 . Mais l’immigration des hommes du nord conti-nuait, celle du Missouri tarissait. Après cinq ans d’une
dies qui dévoraient chaque fois presque en entier cette ville faite de tentes,de baraques, de constructions légères de bois de sapin revêtues de toilespeintes. Le souvenir de ces désastres n'est pas encore oublié; cinq fois, enmoins de deux ans, le 24 décembre 1849, le 4 mai et le 17 septembre ISbO, le4 mai et le 22 juin 1851, la ville fut presque anéantie; chaque fois on la vitrenaître de ses cendres, plus belle et plus vaste. L’activité et l’énergie des habi-tants lassèrent à la fin la scélératesse des incendiaires ; l’impuissance de l'auto*rite étant démontrée, les habitants résolurent de pourvoir eux-mèmes à lapolice de la cité. Ils tinrent une assemblée générale (meeting) et y posèrentles bases d’une « association pour la protection de la propriété et le maintiende l’ordre. » Ce fut le terrible Comité de vigilance, qui dirigea surtout ses sen-tences capitales et sans appel contre une bande d’aventuriers, les howvk(limiers, chiens de chasse), organisés pour piller la nuit les boutiques, maga-sins, restaurants, vider les coffre-forts et assommer au besoin les volés récal-citrants. Le coupable saisi était traîné devant les membres du comité, immé-diatement jugé et condamné; on lui passait une corde au cou, la foule en sai-sissait l’extrémité, et le patient, suspendu à une poutre, ou à un arbre, étaitbalancé dans l’espace jusqu'à la convulsion suprême.
<. San-Francisco se donna tout de suite un maire et un conseil d ’aldevmenpour la gestion des fonds municipaux. On devine quelle pouvait être la probitéd'une magistrature recrutée parmi des aventuriers pour qui le désintéressementet l’abnégation étaient de pures sottises. Les votes de la multitude allaientau plus offrant et souvent aux plus grotesques. Les édiles péchaient en eautrouble, et dans les comptes fort obscurs des travaux de la ville naissante s’en-richissaient scandaleusement. Les luttes électorales commençaient par desinjures, continuaient par des coups de poing, et se terminaient souvent par devéritables batailles rangées. Un jour, trois candidats, trois colonels (on saitqu’en Amérique le titre de colonel n’implique pas du tout l’idée de régimentet de soldats), briguaient le poste de shérif; le colonel T., étant candidatcon-servateur, fut écarté tout d’abord; le colonel B., riche propriétaire et grandjoueur, essaya de gagner les électeurs en tenant table ouverte dans l’hôtel qu’ilpossédait et en faisant couler à flols et gratis les brûlantes liqueurs chères auxgosiers yankees. Son succès paraissait assuré. Quand vint le jour du vote, dansles rues retentissant des bourrahs de la foule, du tapage des musiques, descanons et des pétards, parut inopinément le troisième concurrent, le colonel H.,aventurier connu par ses prouesses dans la guerre du Texas . Monté sur unmagnifique cheval, il se mit à exécuter devant la foule ébahie tous les exercicesde voltige, toutes les manœuvres de manège, toutes les cabrioles de hauteécole que le grand art de l'équitation, où il était passé maître, pouvait loifournir. Les électeurs émerveillés crièrent : Hourrah for H., et, oubliant leslibations électorales du colonel B., votèrent avec enthousiasme pour l'incompa-rable écuyer. « Vous voulez un roi qui sache monter à cheval, disait M. deTalleyrand, prenez Franconi . a