LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE. 307marteaux des chantiers ne s’arrêtent pas une seconde,tapant le fer, tapant le bois. Au milieu de la rade stationnentles bateaux de guerre, courent les embarcations, tandis quede cinq en cinq minutes passe le vapeur-omnibus de Régla.Et dans le fond, tout là-bas, au-dessus de la mer immense,des oiseaux blancs aux larges ailes décrivent dans l’air descercles sans fin 1 2 . »
Quatrelle,
L’Ile de Cuba avant l’insurrection.
{Revue politique et littéraire , 23 juillet 1881.)
Le théâtre Tacon, à lia Havane*
a Aller à La Havane sans visiter Tacon a , c’est habiterPise et ne pas connaître la tour penchée. Aussi, bien queles représentations n’eussent par elles-mêmes aucun attrait,bien que l’aristocratie havanaise fût encore à la campagne,je me rendis au théâtre. 11 n’était encore que sept heureslorsque j’arrivai au coin de la calle San-Rafael; la fouleétait déjà compacte. Les marchands de billets avaient acca-paré toutes les stalles et les revendaient quatre et cinq dol-
1. a La Havane est la ville la plus sale du monde, cité de mauvaises odeurs
et de bruits infernaux. Une fois débarqué, on traverse des rues étroites, en-combrées, flanquées de chaque côté de ruisseaux fétides formés de pierres duresinégales, bordées de trottoirs de dix pouces de largeur, et dans lesquelles soità pied, soit en voiture, on court toujours le risque de se casser les membresou d’être écrasé. Dans tout ce désordre, cependant, il n’est pas impossible dedécouvrir de belles choses. Les boutiques aux devantures largement ouvertes,ombragées de stores multicolores, ont un aspect de fraîcheur et de propreté.Les maisons, dont les portes et les fenêtres rasent le sol, offrent certains airs dogaîté, en dépit des barreaux de fer qui font l’office de vitres, de persiennes etde volets, révélant à certaines heures jusqu’aux recoins les plus intimes de lavie privée. Partout des habitations monumentales, ornées de portiques et decolonnades, sont coudoyées par d’horribles huttes de nègres, toutes grouil-lantes d’enfants nus de toutes couleurs, se vautrant dans le ruisseau, et defemmes malpropres, traînant dans la poussière leur unique vêtement... Ce quifrappe tout d’abord l’étranger, c’est la profusion du marbre blanc accumulédans ces demeures : escaliers de marbre, dallage de marbre, salles de marbre.Tout ce marbre vient de Gènes ; non pas qu’il n’y ait dans l'ile d’excellentescarrières, mais on trouve de l’économie à le faire venir d’Europe : les brassont rares à Cuba , et tous ceux dont on peut disposer là doivent faire du sucre.Avec beaucoup de marbre, des toiles vernissées, une absence générale de vitreset par ci par là quelques petits bouts de jardins, les classes riches s’arrangentpour vivre dans le luxe. » (Revue Britannique , juin 1873.)
2. II a été construit, de 1835 à 1838, par don Francisco Marty y Torrens, etappartient aujourd’hui à la Compagnie anonyme du lycée de la Havane, quil’a payé en 1857 700 000 piastres.