lue personne ne convoite, parce que tout le monde en pro-ite. La demeure du gouverneur danois couronnait lemame-on du milieu et attirait l’attention par son blanc péristyleonien, encadré dans un fouillis d’arbustes à fleurs écla-, antes.
» Jusque-là l’illusion scénique ne laissait rien à désirer ;nais, en y regardant de plus près, la stérilité de lïlé seievinait bien vite sous le voile de verdure éphémère qui la■ecouvrait. Sauf les cocotiers, tous les autres arbres étaientiisséminés et d’un aspect chétif. Pas la moindre trace deculture sur ces roches dénudées. Nous étions arrivés pour-tant au plus beau moment de l’année. Deux mois plus tard,le soleil de juin devait tout dévorer, et peut-être ramenerle fléau périodique de la fièvre jaune. Telle est cependantl’irrésistible puissance de la liberté, qu’il a suffi de faire deSaint-Thomas un port franc, favorisé d’ailleurs par sa posi-tion à l’entrée de la méditerranée américaine, pour qu’ils’élevât sur ce rocher une ville de treize mille âmes, visitéeparles pavillons de toutes les nations, riche de tous les pro-duits des deux mondes. Les Anglais y ont établi le centrede leurs correspondances de steamers, et rayonnent de làsur l’archipel entier. Les Américains y ont planté le drapeauétoilé au bout d’un rail-way de cent mètres de long prati-qué de la mer à leurs docks pour le déchargement de leursmarchandises. Toutes les nations commerçantes y ont desconsuls. On y parle toutes les langues, on y coudoie toutesles races, et cet îlot, qui ne produit rien, offre certainementplus de confort, d’élégance, de véritable civilisation que laplupart des capitales des républiques voisines de la Côte-Ferme...
» Les magasins, qui s’étendent sous d’immenses voûtesperpendiculaires à la mer, sont de véritables bazars fermésavec des portes de fer, et contenant des échantillons detous les produits del’industrie. Tout y arrive de l’Europe etsurtout des États- Unis . On prend toute l’année à Saint-Tho-mas, dans un établissement privilégié, des glaces venuesdes grands lacs du nord de l’Union. Le commerce américainlui fournit des farines, des vêtements, des meubles, des