488 LECTURES ET ANALYSES DE GÉOGRAPHIE.
les Indiens Roucouyennes eux-mêmes n’avaient jamais oséfranchir. Le 30 novembre 1877, ayant parcouru un itinérairede 2 000 kilomètres, et exploré des régions inconnues en grandepartie, Crevaux arrivait au Para.
Quelques mois plus tard, à peine remis de ses fatigues,l’intrépide voyageur regagnait la Guyane . Il se proposait cettefois d’explorer l’Ovapok, qui limite à l’est la colonie française ,et en remontant cette rivière, dont le cours n’a été relevé qu’enpartie par Grillet et Bechamel en 167 4, Leblond en 1780,Bodin en 1823, Leprieux en 1832, il voulait rejoindre leParou, affluent inconnu de l’Amazone. Malgré les rapides quibarrent la navigation, l’Oyapok fut remonté rapidement;Crevaux évalue sa longueur à 485 kilomètres environ, encomptant les détours ; son' débit est plus considérable que celuidu Rhône et de la Loire, qui mesurent pourtant plus de kilo-mètres.
Les difficultés commencèrent au moment de franchir lesmonts qui séparent l’ûyapok du bassin amazonien. Tantôt ilfallait se frayer une route avec la bâche à travers la forêt,tantôt lutter contre les bêtes, traverser des torrents, supporterles insomnies, la fièvre, les piqûres venimeuses des guêpes etdes scorpions, etc. ; rien n’arrêta le docteur, jamais il ne cessade faire des observations sur les plantes, les animaux, lesindividus. Les mœurs des Roucouyennes ont fourni à sonjournal bien des pages curieuses, et il a pu suivre dans tousses détails la préparation mystérieuse du poison des flèches, oucurare ( urari ). Il leva le cours du fleuve Parou, faillit cinq ousix fois se noyer dans ses chutes, et regagna l’estuaire del’Amazone.
Sa mission était accomplie; mais au lieu de rentrer-enFrance , il songea à une autre expédition. Un vapeur remontaitl’Amazone, et devait s’engager dans le Rio Iç-a, navigablejusqu’au pied des Andes : il s’y embarqua. Chemin faisant, ilreleva le cours de cette rivière, et, arrivé au pied des Andes , ilatteignit le Yapoura à sa source. Accompagné du fidèle Apatouet d’un bandit redoutable, Santa-Cruz, qui seul consentit àle suivre, il descendit pendant 500 lieues l’Yapura, dressantdes cartes, collectionnant des plantes et des insectes, et étu-diant les coutumes des tribus riveraines, les Oüitotos anthro-pophages, qui fabriquent des flûtes avec des ossements hu-mains, et qu’il surprit un jour occupés à faire bouillir dansune marmite une tête d’Indien. « Voilà quarante-trois jours,