matière sucrée, et, par la faute de Parmentier,on s’était obstiné à y perdre près de dix ans:assurément, l’on était arrivé, en 1811, à fournirplus de 2 millions de kilogrammes de sirop ou desucre de raisin, mais c’est une question de savoirsi les 2 millions de kilogrammes furent con-sommés, et, l’aient-ils été, ce fut sans plaisir ;d’ailleurs, le prix de revient était assez élevépour qu’en temps normal le sirop, déplaisant ensoi, ne pût faire concurrence au sucre de canne.
Malgré la fougue de Parmentier et sa cam-pagne contre la betterave, quelques chimistes,entre autres Deyeux , pharmacien de l’Empereuret membre de l’Institut, reprirent les expé-riences, qui furent singulièrement favorisées parla Société d’encouragement à l’Industrie natio-nale et par l’Institut. A côté de Margraff etd’Achard, une place parmi les initiateurs estdue à Deyeux , qui fournit les méthodes d’ex-traction et dont l’énergique propagande eutraison de tous les obstacles. S’adjoignant, pourses derniers travaux, M. Barruel, chef des tra-vaux chimiques de l’Ecole de médecine deParis , il parvint à produire « plusieurs pains desucre parfaitement cristallisé, d’une grande blan-cheur, sonore, jouissant en un mot, de toutesles propriétés du plus beau sucre de canne ».
Déjà des fabriques étaient établies dans plu-sieurs départements du Nord, à Lille en particu-lier, où M. Crespel-Delisse avait dès 1810 obtenudes résultats très satisfaisants ; dans l’Isère, l’Ille-et-Vilaine, le Calvados, le Puy-de-Dôme ; maisil fallait répandre les bonnes méthodes, et cefut pourquoi, le 25. mars 1811, en même tempsqu’il ordonnait l’ouverture de six écoles expé-rimentales, l’Empereur décida que, dans l’Em-pire, il serait mis jusqu’à 32 000 hectares en
culture de betteraves à sucre. Le 2 janvier 1812,il vint à Passy visiter la fabrique établie parM. Benjamin Delessert et, détachant la croixd’honneur qu’il portait, il l’en décora. Le 8 jan-vier, il ordonna que 100000 hectares fussent misen culture de betteraves, que les écoles spéciales,entretenant cent élèves chacune pour un coursde trois mois, fussent en activité, et chaqueélève, son cours révolu, recevait une somme de1000 francs; le 15 janvier, il institua cinq centslicences de fabrication comportant des privilègesspéciaux. Il créa quatre fabriques impériales de-vant produire 2 millions de kilogrammes desucre brut, et, dans le domaine de Rambouil-let , il ordonna l’ouverture, aux frais et auprofit de la Couronne, d’une manufacture pou-vant fabriquer 20000 kilogrammes de sucre brut.
Tel est l’ensemble des mesures par les-quelles, durant une année, une administration— celle-là que l’Europe nous enviait si bienqu’elle la calquait partout — poussait, pressait,contraignait les cultivateurs à ensemencer leursterres, les fabricants à approprier et à développerleur outillage, et c’est bien le cas de le dire ici,faisait sortir du sol une richesse nouvelle. Ilconvenait que la date du 15 janvier 1812, quimarque l’achèvement de l’œuvre entreprise le25 mars 1811, fût particulièrement fêtée, et c’estcelle qu’a choisie le Syndicat des Fabricants desucre de France
A partir de cette date, sous cette impulsion,la plus vigoureuse qu’ait reçue une industrie,celle-ci fut créée. En 1811, malgré' les. ordres del’Empereur prescrivant la mise en culture de32000 hectares, il n’en avait été ensemencé que6785, ayant produit 98813045 kilogrammes debetteraves. En 1900, sur un territoire infiniment
moins étendu (diminué de trente-deux dépar-tements), 268 950 hectares étaient cultivés etproduisaient 7137493300 kilogrammes de bette-raves, la production mondiale du sucre de bette-rave dépassait 6 millions de tonnes, tandis quecelle du sucre de canne descendait au-dessousde 3 millions. Vers 1800, le kilogramme de sucrevalait 4 francs. Les cours sont progressivementdescendus, en 1900, à moins de 30 centimes,impôt non compris.
Cela suffit. En un siècle, grâce à l’Empereur,le Français a bénéficié de treize fois plus debien-être, et quant à la masse d’argent que laproduction et la récolte de la betterave, la fabri-cation et le raffinage du sucre ont attirée etretenue en France , si, sur chaque million gagné,quiconque, cultivateur, sucrier, raffineur, méca-nicien, en a profité, versait un décime pour unmonument commémoratif, ce serait de quoifondre en argent l’arc de triomphe de l’Étoile àla gloire de Napoléon, empereur et roi, grandpar les arts de la guerre, plus grand par les artsde la paix.