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Histoire centennale du sucre de betterave : album illustré des reproductions de documents extraits de la collection de M. Jules Hélot / Edité en commémoration du Centenaire de la fabrication du sucre indigène par le Syndicat des Fabricants de Sucre de France
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ORIGINES DU SUCRE

Le sucre, dont le nom grec « sakkharon »dérive du terme sanscrit « scharkara » qui signifiedoux, fut connu des Chinois dès la plus hauteantiquité, comme l’attestent de très anciennesporcelaines dont les peintures représentent lestravaux de la culture des cannes et de l’extractiondu sucre 1 .

Les Égyptiens, les premiers, apportèrent enEurope, des ports de l’Inde occidentale, avecles aromates, les épices et les parfums d’Orient,des sucres chinois de deux sortes : les mâles, engros cristaux blancs et purs, et les femelles enmasses colorées de moscuade solidifiée, moinsdurs, mais de saveur plus édulcorante à causede leurs impuretés.

Pour la première fois, dans les documentsécrits, Théophraste fait mention du sucre, troissiècles avant notre ère, et, dans les descriptionsde Dioscoride, de Sénèque et de Pline , il estimpossible de ne pas reconnaître que le « selindien » des Grecs et des Romains était bienexactement notre sucre candi 2 .

Les Phéniciens, ayant conquis le monopole ducommerce des Indes, firent de Tyr et de Sidon lesentrepôts principaux des denrées orientales jus-qu’à ce que les victoires d’Alexandre ouvrissent auxflottes grecques, par la Mer Rouge et le Nil , uneroute facile pour le commerce des produits pré-cieux de l’Asie qui, seule, fournit le sucre durantprès de deux mille ans avant que la graminée dontil était extrait n’en fût elle-même rapportée.

Si certains auteurs 3 croient que ce ne fut qu’à

la suite du voyage de Marco-Polo en Tartarie(1250) que des marchands, osant aller s’approvi-sionner au-delà du Gange , rapportèrent enArabie des cannes à sucre du Bengale, il semblebien cependant que des plantations en aient étéfaites par les Sarrazins, dès le neuvième siècle, àRhodes, à Chypre, sur les côtes d’Andalousie eten Sicile où, dès 1148, on produisait une certainequantité de sucre.

Après la découverte de Madère, en 1420, lescannes y furent transportées et leur culture yréussit, ainsi qu’aux Canaries , d’une manièreremarquable. Ces îles approvisionnèrent, jusqu’àla découverte de l’Amérique , la majeure partiede l’Europe en sucres qui étaient beaucoupplus estimés que ceux de Nubie et d’Égypte .

Des tentatives d’acclimatation furent faites enProvence , en 1548, et en Languedoc, en 1551, parOlivier de Serres . Mais les véritables terresd’élection des cannes à sucre ne furent trouvéesque dans le Nouveau-Monde où, grâce au climatchaud et humide, ses plantations réussirent siparfaitement que, bien que selon toute vraisem-blance, les premiers plants y aient été apportéspar les navires de Christophe Colomb , quelquesécrivains — notamment le Père Labat, mission-naire français qui contribua tant aux amélio-rations des cultures, aux progrès de la fabricationet surtout aux perfectionnements des moulins —ont prétendu que la canne serait naturelle àl’Amérique et que seul l’art d’en extraire lesucre y aurait été apporté par les Européens 1 .

Quoi qu’il en soit, la canne à sucre existait, en1506, à Saint-Domingue , et, peu après, la premièresucrerie y fut créée avec d’habiles ouvriers venus

des Canaries . En 1518, il y existait déjà vingt-deuxfabriques de sucre et celles-ci s’établirent bientôtaprès (1580) à Cuba, puis au Brésil et aux Antilles :Saint-Christophe (1625), La Barbade (1643), laGuadeloupe et la Martinique (1648).

Cependant l’exploitation de la canne restarelativement restreinte jusqu’en 1762 où, devenantla principale culture des colons français , elleacquit un si grand développement que les raffine-ries, créées dès 1650 dans divers ports européens ,étaient en 1790 au nombre d’une centaine, toutesoccupées au traitement des sucres des îles d’Amé-rique , qui furent bientôt les seuls consommés enEurope .

La France, par ses colonies des Antilles ,non seulement fournissait, au dix-septièmesiècle (125 000 tonnes en 1745 ), la totalité de laconsommation de la métropole, mais encoreelle exportait un large tribut à l’étranger, et,avant la Révolution, le sucre français avaitchassé les sucres étrangers de tous les marchéseuropéens .

En 1812, notre consommation atteignait20 000 tonnes au moment où, par la volonté deNapoléon, la fabrication du sucre de betteraveallait trouver en France ses premiers pionniers.

Léonce CUVILLIER,

Ingénieur des Arts et Manufactures ,Directeur de la Société anonymedes Docks et Entrepôts de Cambrai ,Membre correspondant de laChambre de Commerce.

1. de Humboldt, Essai politique sur la Nouvelle-Espagne.

2. Dioscoride . Concr etione sua sali simileetquod dentibus subfectum salismodo friatur. Pline . Saccharum...gummi modo candidum dentibus fragile.

3. Dutrône La Couture, Précis sur la canne.

4. Père du Tertre, Histoire d’Amérique . Père J.-B. Labat,Voyage aux Isles de l'Amérique .