Buch 
Histoire centennale du sucre de betterave : album illustré des reproductions de documents extraits de la collection de M. Jules Hélot / Edité en commémoration du Centenaire de la fabrication du sucre indigène par le Syndicat des Fabricants de Sucre de France
Entstehung
Seite
26
JPEG-Download
 

le sacrifice même du dernier dégrèvement del’impôt sur les vins et l’ajournement de toutdroit sur le sucre indigène, il faudrait avanttout préférer la conservation de cet art nou-veau. » Ce rapport ajoutait que la consomma-tion du sucre était bien plus indispensable àl’hygiène des « classes pauvres » qu’au luxe etaux habitudes des classes aisées.

★

* *

La sucrerie de betteraves était née non paspour satisfaire à des besoins naturels de con-sommateurs et à des intérêts de producteurs, maispar ordre, pour obéir à l’impérieuse volonté deNapoléon. Elle se développa pour suffire à desnécessités engendrées par l’opiniâtreté d’unCésar qui ne connaissait pas d’obstacles. Aussi,après nos revers de 1814, la culture de la bette-rave faillit disparaître dans la tourmente, maisla persévérante ténacité de quelques pionniersde la première heure conserva cette jeune indus-trie à notre gloire nationale.

La France , en 1815, privée de la plupart deses colonies, avait besoin de débouchés. Leprincipe de l’établissement des droits sur lessucres étrangers constitua une des formes duprivilège colonial, octroyé en compensation dumonopole d’approvisionnement que la mèrepatrie voulut imposer à ses colonies. Cette pro-tection, qui assurait le placement intégral etavantageux de tous les produits de nos colo-nies, fit naître chez elles une prospérité facticequi fut bientôt préjudiciable aux protégées elles-

mêmes. Nos colonies abandonnèrent presquetoute autre culture pour faire exclusivementde la canne, elles arrivèrent vite à encombrerannuellement le marché français de 35 à 40 mil-lions de livres de sucre à exporter. La primed’exportation fixée à 10 francs les 50 kilogrammes,en 1814, fut successivement portée à 12 fr. 50en 1816, à 15 francs en 1820 et à 25 francsen 1822. Le prix de vente qui était de 93 francsen 1818 s’abaissa à 75 et 80 francs en 1822 pourtomber bien vite à 57 et 67 francs.

L’enquête de 1828 fit ressortir, par les dépo-sitions de Crespel-Dellisse, Blanquet, fabricantsde sucre, et Dubrunfaut, professeur de chimie,que les 89 sucreries de cette époque produi-saient un quinzième de la consommation fran-çaise, soit 4400000 kilogrammes et qu’il fau-drait cinq à dix ans pour obtenir de la betteravetout le sucre nécessaire à là consommationindigène. La commission discuta sur l’utilitéd’avertir officiellement les fabricants du sucrede betterave de la nécessité où l’on serait dansun temps plus ou moins éloigné de leur fairesupporter une partie de l’impôt que supportait lesucre colonial. Cette perspective fut acceptée àl’enquête par les deux fabricants, mais ilsaffirmèrent leur conviction qu’en assujettissant« aujourd’hui » cette production à un droitquelconque, on ruinerait la presque totalité desfabriques existantes, en même temps qu’on empê-cherait la création de tout établissement nouveau.

En 1833, les 120 sucreries indigènes produi-saient 6 à 8 millions de kilogrammes, soit un

dixième de la consommation intérieure. Commele disait à cette époque M. Iscart dans unrapport présenté à la Chambre des députés :« Le sucre indigène subit une singulière des-tinée; issu d’un accident, grandi à l’ombie d’unaccident, il se voit exposé à périr sous l’influenced’un accident. De même qu’en 1814, il disparutavec le blocus continental qui l’avait fait naître,de même en 1833, il est menacé de succombersous le système colonial qui l’a ressuscité. »

« La législation ne procède à son égard quepar voie de ricochet. »

fia sucrerie indigène, qui continuait à sedévelopper à l’ombre des faveurs accordées àla canne, aux raffmeurs des ports et à la marinemarchande, était arrivée, en 1836, à cultiver20000 hectares de betteraves et entrevoyait lacertitude, si le gouvernement n’y mettait pasd’entraves, de planter annuellement, dès 1840,50000 hectares.

Nos colonies commencèrent alors à perce-voir le danger d’un concurrent qu’elles n’avaientpoint pris au sérieux. Avec une âpreté queseule leur situation précaire pouvait excuser,elles coalisèrent leurs intérêts avec ceux desraffineurs des ports et de la marine pour atta-quer le sucre de betterave.

II

1837-1870

Si la Restauration avait exempté d’impôtsla fabrication indigène et fait un tarif prohi-