bitif sur les sucres étrangers, le gouvernementde 1839, pour faire taire les colonies et obvierà la baisse des prix qui avait son originedans la surproduction, accorda par sa loi du17 mai 1839 une prime excessive de 60 francs par100 livres de sucre raffiné, exporté en France .
La jeune industrie du sucre indigène setrouva encore cette fois sauvée par les faveursque l’on voulut accorder aux colonies, à laraffinerie et à la marine marchande. Mais elleconservait le régime d’exception qui avait étécréé dès 1837 par l’institution de l’exercice dessucreries. En effet, alors que les colonies avaientobtenu en 1836, par infraction au pacte colo-nial, le droit d’exporter sous tout pavillon, lasucrerie indigène avait, en 1837, été frappée d’unimpôt de 15 francs par 100 kilogrammes. Cetimpôt devait avoir son plein effet à partir de1839. M. de Lamartine avait ainsi appréciécette loi de juillet 1837 : « Votée sous la res-ponsabilité du hasard, elle devait éteindre lasucrerie indigène. »
Nous devons regretter qu’à cette date de 1837on n’ait pas voté le projet de loi défendu parDumas, projet qui proposait l’impôt à la bette-rave avec prise en charge par abonnement de5 kilogrammes de sucre brnt par 100 kilo-grammes de betteraves. Si ce principe del’impôt à la betterave avait été adopté à cetteépoque, l’industrie française n’aurait pas étépar la suite supplantée, puis menacée de dispa-raître, par l’infériorité de qualité de sa bette-rave, qui la plaça dans une situation très grave.
Le désir de satisfaire aux récriminationsdes uns et des autres donna naissance au pro-jet de loi de mai 1841 qui édictait les condi-tions dans lesquelles le fabricant indigènedevait déclarer ses procédés de fabrication,les capacités de ses appareils, les heures detravail, etc. Il réglementait également l’exer-cice du fisc.
Mais beaucoup prétendaient qu’il était impos-sible de réaliser une loi qui pût, pratiquementet effectivement, établir l’égalité de charges entreles deux sucres. D’où le projet de rachat desucreries indigènes auquel, il faut le dire, centfabricants découragés du Nord, du Pas-de-Calais et de l’Aisne se ralliaient. Il n’y avait, sem-blait-il, de remède efficace que dans l’interdic-tion de fabriquer du sucre indigène ! C’était,selon eux, le seul moyen de sauvegarder les inté-rêts du Trésor, ceux des colonies, du commerceet de la puissance maritime de la France . Bref,le rachat de cette industrie, déclarée parasite,ne devait coûter que 40 millions à l’État.Il fallait que le sucre indigène cédât ausucre colonial la place qu’il avait usurpée! Lescolonies le demandaient au nom du pacte colo-nial.
Fort heureusement, il restait des hommesclairvoyants de l’intérêt national. C’est ainsiqu’en 1842, M. Thiers, l’auguste défenseur quipréserva la sucrerie indigène d’une ruine immi-nente, parlant au nom de cette industrie, disait :
«Ne m'entravez pas, car j’enrichis le sol, jefertilise les terrains qui, sans moi, seraientincultes, j’occupe des bras qui, sans moi, reste-raient oisifs. Enfin, je résous l’un des plus grandsproblèmes des sociétés modernes : j’organise etmoralise le travail. »
La loi du 2 juillet 1843 consacrait l’abandonprovisoire de l’idée de rachat, mais créait l’éga-lité de taxe entre les deux sucres, applicableprogressivement en quatre ans.
Les colonies avaient cru qu’une taxe de45 francs aux 100 ki logrammes équivaudrait à lasuppression des fabriques indigènes sans indem-nité. Cette opinion était partagée par la sucre-rie métropolitaine. Le gouvernement avait penséque la lutte entre les deux sucres se continue-rait et qu’on reviendrait à l’interdiction avecindemnité. Seuls les auteurs de l’amendement,qui avait pris la place du projet de loi repoussécomme acte injustifiable de destruction, pen-saient possible la coexistence des deux indus-tries.
Tout d’abord, pendant quatre années, la con-sommation s’accrut. Une plus grande quantitéde sucre colonial lut importée; mais la sucrerieindigène, de si vigoureuse constitution, ne cessad’augmenter sa production en dépit du droitqui chaque année s’élevait de 5 francs aux100 kilogrammes.
En trois ans, la production indigène doublapour s’élever à 60 millions de kilogrammespendant que les colonies n’accroissaient leurfabrication que de 10 millions de kilogrammes.