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Histoire centennale du sucre de betterave : album illustré des reproductions de documents extraits de la collection de M. Jules Hélot / Edité en commémoration du Centenaire de la fabrication du sucre indigène par le Syndicat des Fabricants de Sucre de France
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Il faut bien reconnaître ce qu’il y avait d’anor-mal dans la politique sucrière des grands paysproducteurs d’Europe , telle qu’elle était orientéeavec le système des primes à l’exportation dansles dernières années du dix-neuvième siècle. Ilétait paradoxal de sacrifier indéfiniment le con-sommateur national qui, partout, faisait les fraisdes primes sous la forme d’une augmentation deprix du sucre acheté par lui. Le bénéficiaire decette politique, c’était le consommateur des paysoù allait le sucre exporté dans ces conditions,c’est-à-dire surtout le consommateur anglais ,puisque la grosse masse des sucres européens primés était exportée sur le marché de Londres .

Chose curieuse, c’est l’Angleterre qui s’estfatiguée la première d’un régime dont elle eûtdû, semble-t-il, être la dernière à se plaindre.Cette attitude de l’Angleterre ne s’explique, dureste, que par des raisons d’ordre politique géné-ral, raisons dictées par la conception impéria-liste dont M. Chamberlain s’était constitué lechampion. En vertu de cette conception, on asacrifié le consommateur anglais , bénéficiaire durégime des primes, aux producteurs de sucre decanne des colonies victimes de ce même régimede primes, qui leur rendait, sur le marché de lamétropole, la lutte impossible contre les sucreseuropéens primés. Là est tout le secret de laposition prise par l’Angleterre sur la questiondes sucres.

Une première fois, l’Angleterre voulut don-ner au moins à ses colonies une preuve debonne volonté. Elle provoqua la réunion d’une

conférence où étaient convoqués les pays pro-ducteurs. On n’aboutit à aucune entente. Servià la fois par son expérience de « debater » rompuaux discussions parlementaires, et par sa mer-veilleuse connaissance des questions d’ordretechnique en matière de sucrerie, notre repré-sentant M. Sébline fut l’âme de la résistanceaux prétentions anglaises. Il se montra irréduc-tible, notamment quand l’Angleterre émit l’idéede mettre en discussion les principes mêmes denotre législation intérieure. Devant l’oppositionde la France , on se sépara sans aboutir.

Ceci se passait en 1898 et les années quisuivirent marquèrent, avec la mise en action descartels, une recrudescence des importations enAngleterre des sucres primés. Les doléances descolonies redoublèrent. Le loyalisme de certainesd’entre elles parut ébranlé; aux Antilles anglaises,on allait jusqu’à célébrer les avantages queprésenterait une annexion aux Etats-Unis .

En face de cette situation, l’Angleterre sedécida à agir. Elle annonça qu’elle frapperaitde droits compensateurs les sucres primés siles pays producteurs ne s’entendaient pas pourmettre fin au régime des primes. Du momentque le principal client des pays producteurs desucre de betterave adoptait cette attitude, forceétait bien aux pays menacés d’aviser. C’est dansces conditions que la France, l’Allemagne etl’Autriche signèrent le protocole préparatoiredu 22 octobre 1900. Là était ébauchée l’œuvred’entente internationale qui devait être consa-crée à Bruxelles deux ans plus tard, en mars 1902.

Nous ne pouvons avoir la prétention deretracer ici les laborieuses discussions qui pré-cédèrent la signature de la convention. Amaintes reprises, on put croire que, comme lorsde la précédente tentative de 1898, on se sépa-rerait sans aboutir. En face de la volonté bienarrêtée de l’Angleterre, il n’y avait qu’à s’incli-ner. Les pays producteurs durent signer la con-damnation des primes de toute espèce, directeset indirectes, et prendre en conséquence l’enga-gement de mettre leurs législations respectivesen harmonie avec l’obligation à laquelle ilsvenaient de souscrire.

Pour l’industrie sucrière française, c’était unevéritable révolution. Il fallait jeter bas l’édificeà l’abri duquel elle avait repris vie depuis bien-tôt vingt ans. Le sacrifice des primes directesinstituées en 1897 était peu de chose à côté del’abandon du régime instauré par la loi de 1884avec le principe des bonis de fabrication. En1898, M. Sébline, lors de la première confé-rence, s’était refusé à admettre que nos bonisfussent mis en discussion. Cette fois, ils avaientété visés dans les mesures de proscription. Ilsétaient englobés dans la formule générale con-damnant les avantages indirects.

Notre loi du 28 janvier 1903 est venue con-sacrer ces transformations profondes. Les primesde 1897 sont supprimées à partir du I er sep-tembre 1903, et parmi les dispositions de la loide 1884 sont abrogées celles qui ont organiséla prise en charge des sucres d’après le poids desbetteraves mises en œuvre. Le régime de la prise