Par contre, et cela a été aussi une conséquenceattendue du dégrèvement, la consommationintérieure a largement progressé. La moyennedes années 1904-1907 ressort à 571 256 tonnes,contre 439352, pour la période 1898-1902. C’estun gain de 130000 tonnes environ qui eût sansdoute été plus élevé sans les spéculations quibouleversèrent le marché en 1905 et provo-quèrent, avec une hausse énorme des sucres, leresserrement de la consommation.
Le gros de notre production va maintenant à laconsommation nationale ; les exportations repré-sentent l’élément secondaire. C’est le renverse-ment de la proportion donnée par les années1900-1901 ; c’est, il faut le reconnaître, une situa-tion plus normale. Le nouveau régime fait duconsommateur français le principal client de lasucrerie française. Il y a lieu de se féliciter d’unpareil résultat.
Telles ont été, dans leur ensemble, les con-séquences, au point de vue français , de l’actede 1902. Mais à peine notre industrie sucrières’était-elle adaptée aux conditions nouvelles quilui étaient faites, que se posait la question durenouvellement de l’entente ou de la reprise parchacun de sa liberté. La convention signée pourcinq ans arrivait à expiration en 1908.
Disons tout de suite que la solution qui aprévalu, après de longues négociations, a étécelle du maintien de l’entente, mais avec deuxtraits qui modifient profondément la physiono-mie de l’accord :
i° L’Angleterre reste dans 1 ’ « Union», mais
avec des conditions très différentes des an-ciennes.
2 0 La Russie entre dans l’Union à côté desautres pays européens producteurs, mais avecun régime qui lui est spécial.
Ces deux modifications au régime de l’Union,susceptibles de troubler profondément les con-ditions de la concurrence internationale, peuventêtre grosses, par conséquent, de répercussionssur la situation de notre industrie sucrière.
L’Angleterre, dès les premiers pourpalers en1907 pour le renouvellement, faisait savoirqu’elle était d’ores et déjà décidée à poser unecondition à son adhésion. Elle ne prendraitplus l’engagement de pénaliser les sucresprimés. Autrement dit, abandonnant son pointde vue de 1901-1902: la protection des produc-teurs de sucre de canne des colonies, elle sacri-fiait ceux-ci au consommateur anglais , revenantainsi à sa politique traditionnelle.
En présence de la déclaration de l’Angle-terre, deux voies s’ouvraient devant les autrespuissances contractantes de 1902 : ou reprisepar chacun de sa liberté et retour possible aurégime des primes, ou maintien de l’entente,même incomplète, en s’arrangeant pour limiterles inconvénients de la défection anglaise. C’està ce parti que se sont arrêtés les pays produc-teurs : la France, l’Allemagne et l’Autriche . Al’Angleterre, se refusant à pénaliser les sucresprimés, et souhaitant sans doute au fond ducœur la reprise d’un régime qui lui rendrait lesucre à bon marché, les principaux fournisseurs
ont répondu : « Nous ne pouvons pas vousforcer à pénaliser les sucres primés; nous pou-vons du moins, nous producteurs, prendre l’en-gagement entre nous de ne pas recourir àl’expédient des primes. » Et, à notre avis, lesreprésentants de la France ont été bien inspirésen poussant à la conclusion de cet accord qui,même imparfait, valait mieux pour nous que lareprise de la lutte à coups de primes, lutte oùnous aurions été en état d’infériorité, car lasucrerie française n’aurait jamais obtenu despouvoirs publics, à nouveau, un régime aussifavorable que celui pratiqué sous l’empire deslois de 1884 et 1897 combinées, tandis que lesAllemands étaient prêts à remettre en vigueurle cartel dont les cadres avaient été conservésavec un fonds de réserve important. Tel qu’ilest, l’accord nous protège contre pareille éven-tualité et c’est un point inportant.
Le second trait qui modifie l’économie del’entente renouvelée en 1908, c’est l’entrée dela Russie dans Y « Union sucrière », on saitqu’elle était restée en dehors pendant la pre-mière période. Les autres pays producteurs nevoyaient pas sans inquiétude cette situationmenaçant de se perpétuer. L’Angleterre n’étantplus tenue de pénaliser les sucres primés, laRussie allait vraisemblablement chercher à con-quérir le marché anglais avec, du fait de sesprimes, un gros avantage sur ses concurrentseuropéens qui se liaient les mains pour unenouvelle période de cinq ans. Le danger étaitd’auiant plus grand que la production russe