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Histoire centennale du sucre de betterave : album illustré des reproductions de documents extraits de la collection de M. Jules Hélot / Edité en commémoration du Centenaire de la fabrication du sucre indigène par le Syndicat des Fabricants de Sucre de France
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avait pris en quelques années un essor consi-dérable, atteignant 1300000 tonnes en 1906.

On accueillit donc avec un véritable soula-gement les ouvertures de la Russie se déclarantprête à entrer dans l’Union, mais la Russie mettait à l’aliénation de sa liberté des condi-tions telles qu’on put, jusqu’à la dernière heure,douter du succès des négociations. C’est que laRussie prétendait entrer dans l’« Union» sansse soumettre à la loi commune : l’abandon detoute prime. Elle entendait maintenir les avan-tages qu’elle assure de par sa législation inté-rieure à ses producteurs. Poussé par le désird’aboutir, on a fini par accorder à la Russie cerégime exceptionnel, mais on a atténué l’in-convénient d’une pareille concession, en limi-tant les quantités de sucre que la Russie pour-rait exporter de 1908 à 1913 en concours avec lessucres des pays contractants. Le maximum estfixé à 1 million de tonnes avec répartition dela somme totale entre les campagnes sucrières.La concurrence des sucres russes se trouve ainsistrictement limitée.

C’est le I er septembre 1908 que le régimenouveau est entré en vigueur. L’apparition surle marché anglais d’un concurrent de plus en lapersonne de la Russie , en dépit de la limitationapportée à cette concurrence, n’est pas faite poüraméliorer la situation de l’industrie sucrièrefrançaise au point de vue de l’exportation.

D’autre part, les progrès énormes de la pro-duction du sucre de canne, passée en dix ans de2841900 tonnes (1896-1897; à 7341 000 tonnes

(1906-1907) constituent pour l’ensemble despays producteurs de sucre de betterave unpéril général. Rien d’étonnant à ce que, sousl’action de ces différentes causes, nous assis-tions à un fléchissement de nos exportations.Les 245 314 tonnes de 1908, les 243 014 tonnesde 1909 (chiffres donnés par la « Commis-sion permanente des valeurs de douane », ses-sion de 1910) constituent un recul sensible surla moyenne 1904-1907 (288 000 tonnes), déjàelle-même en perte énorme sur 1897-1903(412 000 tonnes); 1910 enfin reste inférieur à200000 tonnes, c’est encore une diminution.

De plus en plus, il faut nous habituer à l’idéeque le débouché extérieur se resserrera et que leconsommateur français tendra à devenir l’uniqueclient de la sucrerie française. Le salut pourcelle-ci, c’est donc le développement de la con-sommation intérieure. Dans les pays à natalitépuissante, chaque année apporte un accroisse-ment du nombre de consommateurs avec l’aug-mentation de la population. Chez nous, il n’y arien à espérer de ce côté. C’est l’accroissementde la consommation par tête qui est la seuleressource. On l’obtiendra par une réduction del’impôt. La réduction de 1903 nous a valu, dansles années qui ont suivi, un gain de plus de100000 tonnes. Pour la première fois, en 1910,notre consommation a atteint le chiffre de 600000tonnes. Un nouvel abaissement nous vaudraitcertainement un nouveau gain. Si la consomma-tion par tête est passée chez nous de 11 kg. 3à 14 kg. 5, nous sommes encore loin des 40 ki-

logrammes qu’atteint le consommateur an-glais. L’Allemagne nous a donné du restel’exemple en procédant en 1908 à un nouveaudégrèvement. C’est à l’œuvre de l’augmentationde la consommation intérieure par l’action dudégrèvement qu’il faut s’attacher. L’intérêt duconsommateur et celui du producteur sont icid’accord. Ils doivent finir par triompher.

Arrivé au terme de cet exposé, nous ne pou-vons nous empêcher de formuler l’impressionqui nous paraît se dégager de cette longue his-toire, de ce siècle de luttes soutenues par lasucrerie française. Elle a donné au monde agri-cole et industriel un bel exemple, une grandeleçon d’énergie. Aux heures les plus critiqueselle ne s’est jamais abandonnée. Avec une mer-veilleuse souplesse, elle a su s’adapter aux con-ditions nouvelles qui lui étaient faites. Cepassé, dont certaines heures sont d’hier, nousest un gage de confiance en l’avenir. Une indus-tne qui a donné de telles preuves de vitalité nesaurait périr.

Joseph Hitier,

Professeur-adjoint à la Faculté de droit de Paris.