L’ÉVAPORATION
Parmi les diverses opérations que nécessitel’extraction du sucre, l’évaporation est une decelles qui fut autrefois des plus dispendieuses.Aussi le génie inventif des chercheurs s’exerçasans relâche. Les résultats obtenus, déjà trèsremarquables, ont été mis à profit par de nom-breuses industries.
Dans la mise en œuvre des différents pro-cédés d’extraction du jus de la betterave, on estallé jusqu’à produire 3 500 litres de jus par tonne,dont il fallait vaporiser les 97 ou 98 centièmes.Avec les appareils primitifs, il était déjà difficile devaporiser 8 kilogrammes d’eau par kilogrammede charbon. L’évaporation d’une pareille massed’eau aurait donc entraîné une dépense de 10 à11 francs par tonne de betterave, en comptant lecharbon à 25 francs. L’emploi d’appareils à tripleeffet réduirait cette dépense des deux tiersenviron. Les procédés d’extraction actuels qui ontréduit aux environs de 1000 litres le volumed’eau à évaporer, et l’emploi d’appareils très per-fectionnés d’évaporation et de cuite permettentmaintenant de ramener la dépense à moins deo fr. 75 par tonne de betterave.
Dans les premières sucreries de betteraves, ons’inspira d’abord de ce qui se pratiquait dans uneindustrie plus ancienne, celle des salines. L’éva-poration se pratiquait, d’une manière discon-tinue, dans des chaudières plates chauffées à feunu. Cliaptal, Mathieu de Dombasle , préconi-saient des petites chaudières de t pied de pro-fondeur sur 4 à 5 de diamètre. O11 comprend
que le temps passé aux opérations d’emplissageet de vidange était une cause de faible débit etde mauvais rendement thermique. Crespel eûtl’idée de les monter sur un axe pour les viderrapidement en les basculant.
Tous ces appareils à chauffage direct avaientl’inconvénient de détruire une grande quantitéde sucre par caramélisation. Mathieu de Dom-basle étudia un appareil continu à ruissellementchauffé par la vapeur sortant d’une chaudièreouverte.
Lambeck appliqua dans plusieurs fabriquesde sucre un cône évaporatoire à ruissellementintérieur et extérieur chauffé par la vapeur quifut d’un effet utile assez énergique.
L’utilisation de la vapeur sous pression per-mit de grands progrès dans l’art du fabricant desucre; le travail était facilité, les opérations demise en route et d’arrêt, si compliquées avec lesfoyers ordinaires, se réduisant à la manœuvred’un robinet. Et alors, on vit apparaître les chau-dières à double fond ou à serpentins, mais tou-jours à air libre. On vécut longtemps avec cetteidée fausse propagée par les nombreux inven-teurs de chaudières chauffées à la vapeur (Hal-lette, Moulfarine et Pecqueur, Crespel), que lechauffage à vapeur évitait toute destruction desucre.
C’est à Lloward que revient l’honneur d’avoirle premier mis en pratique, en 1818, la chaudièreà évaporer dans le vide, chauffée par la vapeur,qui permit d’abaisser notablement la températuredes sirops en ébullition, et d’éviter la destructiondu sucre par caramélisation.
Son appareil, bien qu’assez vite appliqué dans
les colonies, ne se répandit qu’assez lentementparmi les fabricants de sucre de betterave qui leconsidéraient comme trop compliqué en raisonde l’emploi d’une pompe à faire le vide. 11 fut suc-cessivement modifié par Roth, par Trappe etLouvrier-Gaspard qui firent peut-être la premièreapplication du condenseur barométrique, puispar Degrand et par Derosne et Cail qui cherchè-rent à utiliser partiellement les calories de lavapeur se rendant au condenseur, ouvrant ainsila voie à l’évaporation par effets multiples. Dansces derniers appareils, la condensation de lavapeur se faisait dans des serpentins sur lesquelsruisselait le jus à évaporer. Mais cette concentra-tion lente et en plein air facilitait considérable-ment l’altération du jus.
D’après Péclet, c’est en 1829 que Pecqueuraurait établi pour la première fois le principe desdistillations successives avec une même vapeur;il propose en 1834 un appareil bien conçu auppint de vue des principes, mais laissant beau-coup à désirer au point de vue pratique.
C’est en 1830 que Rillieux imagina l’appareilà effets multiples opérant dans le vide.
Il en fit les premières applications en Loui-siane. Il ne fut connu en France qu’en 1852 etconstruit par Cail, qui en fit la première applica-tion à la sucrerie de Flavy- 1 e-Martel. C’était undouble effet à trois caisses. La première, chaufféepar les vapeurs d’échappement des machines,chauffait les deux autres, dont l’une était la chau-dière à sirop, et l’autre la chaudière à cuire.
De nombreux savants, parmi lesquels Thomaset Laurens, Péclet, Ser, Florsin-Déhon, lesconstructeurs également, ont étudié et amé-