LES ASSOCIATIONS
PROFESSIONNELLES
DE LA SUCRERIE
!Les premiers comités régionaux. — Le Comité centraldes fabricants de sucre de T rance et des colonies fran-çaises . — Le Syndicat des fabricants de sucre de Trance.
I
Pendant les vingt-cinq premières années deson existence, la sucrerie indigène, encouragée,était exonérée de tous droits. Les sucres decanne seuls payaient l’impôt.
Mais, dès 1826, une proposition était faite à laChambre des députés, en vue d’appliquer untarif au sucre de betterave. Cette proposition,sans cesse renouvelée, prenait un caractère mena-çant en 1832, quand il fut question de la surveil-lance des fabriques par les agents du fisc.
Il y eut alors, parmi les sucriers et les cultiva-teurs, un grand émoi, qu’un poète local tradui-sait ainsi :
Car on nous parle fort d’une loi qui s’agite,
Qui doit faire exercer jusqu’à votre marmite,
De Bette, en vos jardins, tout plant sera noté, '
Pesé, taxé ma foi ! Vive la liberté !
Des défenseurs se levèrent : Crespel-Dellisse,à Arras; Blanquet, à Valenciennes ; Fouquierd’Hérouel, à Saint-Quentin . D’autre part,« Les fabricants de sucre indigène réunis encomité »; « Les agriculteurs demandant l’appui
des Conseils généraux»; tous protestèrent contrel’impôt projeté de 15 francs, qui fut d’abordajourné, puis définitivement établi par la loide 1837, à partir du i er janvier 1839.
Les « Agriculteurs fabricants de sucre deValenciennes » et autres groupes, luttaientensuite contre les adversaires de la sucrerie indi-gène qui voulaient l’abaissement du droit surles sucres coloniaux, en vue de faciliter leuraffluence dans la métropole, et qui, peut-être,auraient réussi à supprimer la fabrication dusucre de betterave, sans la judicieuse interven-tion de M. Thiers .
Malgré les entraves dont elle était entourée :droit porté à 45 francs, en 1843; charges et péna-lités édictées par les lois et décrets de 1846 et 1852,la sucrerie indigène grandissait, soutenue alorspar les Comités, notamment par ceux de Lille et de Valenciennes , et un peu plus tard par le« Cercle des fabricants de sucre de Picardie »,créé à Saint-Quentin par M. Georges.
Cependant, de nombreuses pétitions, portantdes réclamations sur divers points, étaient pro-duites, l’une d’elles adressée à l’empereur. Unchangement de législation s’imposait.
La loi du 23 mai 1860 abaissait le droit à30 francs avec faculté d’abonnement pour acquit-ter ce droit au moyen d’une prise en charge surle jus de betterave. ■ C’était une loi de progrès.Malheureusement, des déceptions inattenduesse révélèrent. Des protestations se sont élevées :« Le Comilé de Lille»; « Le Comité de Valen-ciennes »; « Les fabricants du Nord et du Pas-
de-Calais » ; « Le Comité de Douai » récla-maient le retrait de la loi. Au contraire, le« Cerclede Saint-Quentin » et de nombreux fabricants,appartenant à toutes les régions betteravières,en demandaient le maintien.
Finalement, la loi du 7 mai 1864 supprimal’abonnement, rétablit les types et fixa le droit,suivant qualité, de 42 à 47 francs.
Une Convention internationale fut concluela même année entre la France, la Belgique , laHollande et l’Angleterre pour déterminer lesrendements des sucres bruts ou raffinés en vuede l’exportation.
Mais les dernières lois suscitaient encore lesréclamations de divers comités, dont certainsse prononçaient maintenant en faveur de l’impôtà percevoir à la consommation. Une assembléegénérale des délégués de la sucrerie eut lieu àDouai , en 1867, pour examiner la situation.
Après avoir constaté qu’il était d’un intérêt depremier ordre pour la sucrerie indigène d’être re-présentée d’une manière officielle et constante au-près des pouvoirs publics et des administrations ;que le sentiment de solidarité qui animait tousles membres de cette industrie devait se mani-fester *par une unité de vues qui ne pouvait pastoujours se rencontrer chez des hommes, compé-tents sans doute, mais agissant isolément, sans pro-gramme, exposés à des contradictions, l’Assem-blée décida que tous les groupes se réuniraient,afin de désigner des délégués pour constituer un« Comité central » qui représenterait à l’avenirl’universalité des intérêts de la sucrerie indigène.