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LE SUCRE DANS L'ALIMENTATION
Le sucre n’est point, comme trop de gens lepensent encore, un aliment de luxe agréable augoût, mais inutile à l’organisme. C’est au con-traire un aliment de première nécessité, jouantun rôle bien défini dans la mécanique humaine. Atitre d’aliment énergétique, source d’énergie mus-culaire, comme à titre d’aliment d’épargne, lesucre doit entrer dans la nourriture de l’homme.
C’est à cette conclusion qu’aboutissent, eneffet, toutes les séries de recherches scientifiquesentreprises par les physiologistes, les hygié-nistes et les médecins. Démontrée chez l’animalpar les belles expériences de Chauveau, la valeuralimentaire du sucre a pu être étudiée expéri-mentalement aussi chez l’homme. En enregis-trant avec l’ergographe les variations de travaild’un muscle, les physiologistes ont pu mettreen évidence le rôle énergétique du sucre et sonutilisation immédiate. Des enquêtes sur l’ali-mentation habituelle de certains groupes d’ou-vriers ont révélé aux hygiénistes la valeur del’alimentation sucrée. On a rapporté aussi uncertain nombre de faits où des équipages aprèsépuisement des provisions du navire, comme destroupes privées de leurs ravitaillements, purent,grâce à la consommation du sucre, conservertoute leur énergie musculaire.
Ces données scientifiques ont été mises enpratique et les résultats obtenus ont confirméles idées des physiologistes.
Les médecins militaires ont ajouté, à la nour-riture des soldats, des doses de 100 à 300 grammesde sucre par jour et en ont étudié les effets surl’entraînement et la résistance à la fatigue. Lesucre a été généralement bien supporté : leshommes ont effectué avec entrain des marchespénibles et quelques-uns ont, malgré la fatigue,augmenté de poids. Le résultat favorable de cesexpériences a fait introduire dans l'armée la pra-tique des rations supplémentaires de sucrependant les manœuvres et en temps de guerre.
Déjà les avantages du sucre étaient connus etutilisés de certains hommes de sport, marcheurs,ascensionnistes,chasseurs,etc..., qui avaient l’ha-bitude de croquer des morceaux de sucre pourlutter contre la fatigue ; à son tour, la science adonc confirmé les pratiques de l’empirisme.
Le sucre a été employé à titre d’alimentd’épargne pour l’engraissement des sujets amai-gris et pour la suralimentation des tuberculeuxet des névropathes. Les résultats ont été bons tantquel’on n’a utilisé que des doses modérées et sousdes formes convenables.
Mais pour les animaux aussi bien que pourles hommes, il y a des précautions à prendredans l’emploi du sucre. Ingéré à tout propos età très haute dose, le sucre rend dyspeptique. Ilempêche alors l’alimentation au lieu de l’aider.Chez les soldats par exemple, lorsqu’on a dé-passé la dose de 100 grammes par jour, la con-sommation du sucre s’est faite en général auxdépens de celle du pain et des légumes. C’estainsi que la suralimentation sucrée a parfois pourrésultat, comme je l’ai observé, de faire maigrirles tuberculeux au lieu de les engraisser.
Tout le monde connaît le rôle néfaste desbonbons absorbés en trop grande quantité parles enfants; cette « dyspepsie du jour de l’an »n’est que trop fréquente.
On a pu accuser aussi le sucre de rendre dia-bétique; il y a là un malentendu: la vérité, c’estque le sucre pris en excès, c’est-à-dire par dose de200 à 300 grammes à la fois, peut passer dans lesang et déterminer une glycosurie transitoire quirévèle un diabète latent.
Pour que le sucre remplisse son rôle alimen-taire sans danger, il faut savoir l’employer. Lameilleure manière de le consommer est de l’in-troduire dans la préparation des entremets et despâtisseries (crèmes renversées, flans, soufflés,puddings, tartes, etc.), des fruits cuits, des con-fitures. Les bonbons, de bonne qualité, ne sontpas interdits, mais à la condition qu’on les mangeà la fin des repas, au dessert, et non dans l’intervalle.
Pendant les exercices sportifs, au cours d’unemarche, on peut croquer le sucre en morceaux,le boire dans du vin, du lait, du café, du thé,l’absorber sous forme de chocolat qui apporte, enmême temps que son sucre et sa graisse, de lathéobromine, substance excitante par excellence.
Avec des précautions, le sucre joue, dans lanourriture de l’homme, un rôle de premier ordre ;il est eupeptique, hypotoxique et énergétiquepar excellence.
Docteur Marcel LABBÉ,
Professeur agrégé à la Faculté.Médecin de l'hôpital de la Charité.