STATISTIQUE SUCRIÈRE
Quand il institua, par le décret du 16 jan-vier 1812, 500 licences pour la création d’autantde sucreries, mais en indiquant que celles-cidevraient produire 10 ooo K de sucre pur pour lapremière campagne, Napoléon montrait la mo-destie de ses espérances, car, au rendementde 4 p. 100, cette quantité représente seulement2 5 o t de racines, ou probablement de produit de10 hectares.
Sans vouloir nous attacher aux chiffres peu im-portants de la production des premières années,nous signalerons qu’en 1827-1828,celle-ci atteignaitseulement 2 6oo T pour 89 usines ou 29 T par usine.
Au moment où l’industrie allemande com-mence à se développer, ayant en 1836 21 fabriquesproduisant i49o' r , soit 5o T par usine, la produc-tion française avait déjà pris un élan remarquable,puisque, en 1835, 349 usines fabriquaient 40 ooo T ,soit 11 4 t par usine.
Le nombre des sucreries françaises s’accroîtencore et atteint 581 en 1838; à ce moment, desmesures fiscales suscitées par la rivalité des pro-ducteurs coloniaux enrayent l’essor de la sucrerieindigène et, en 1840, il n’y a plus que 400 usinesproduisant 27 ooo T , soit 6 , j T pour chacune et, cetteannée là, la consommation totale était estimée à120 ooo T , dont le tiers à peine en sucre indigène.
En 1847, il ne reste que 300 usines, mais leurproduction de 62 ooo T indique un notable progrès,les colonies importent 102 ooo T . Les deux sucrespayent le même impôt; cette mesure fiscale qui,dans la pensée des adversaires de la sucrerieindigène, devait suffire à son anéantissement
semble, au contraire, avoir stimulé l’énergie deses pionniers.
La consommation, gênée par des impôts tropélevés, progresse lentement et atteint 132 ooo T en1847.
Les événements de 1848 jettent une profondeperturbation dans les deux branches de la produc-tion; la suppression brutale de l’esclavage abaisseà 50 ooo T la production coloniale , tandis quecelle de la métropole, pour d’autres causes,s’abaissait à 39 000.
Néanmoins, la sucrerie de betteraves était sivivace que, dès 1850, sa production atteint 75 ooo T .
L’apparition de l’oïdium diminue dans unegrande proportion la production du vin et fait enmême temps monter l’alcool à un prix élevé,ce qui détache un instant 100 fabriques de lasucrerie et en 1854-1855 la production descend à45 ooo T , puis la marche en avant reprend et en1857-58, sous la double influence de semis impor-tants et d’une température propice, elle fait unbond et atteint 152 ooo T , ce qui, pour 350 usines,donne pour chacune 434’’'.
Il est vrai que la mauvaise qualité de la plante,défaut qui se prolongera trop longtemps, et desmesures fiscales maladroites, font de nouveaudescendre la production à 101 ooo T en 1860.
Cette date peut être considérée comme la finde l’adolescence de la sucrerie indigène ; aprèscinquante ans d’efforts, elle possède des méthodesrationnelles aussi bien au point de vue agricolequ’au point de vue industriel. Si les découvertesultérieures ont permis d’énormes progrès, on peutdire qu’en 1860 elle applique tout ce que lascience met à sa disposition, aussi la produc-tion ne cesse plus de progresser; elle atteint289 ooo T en 1869-1870 et, malgré l’invasion,
elle reste au même chiffre en 1870-1871, avec476 usines, soit 628 1 ’ pour chacune.
En 1876, il y a 525 fabriques pour une produc-tion de 243 ooo T .
Il est vrai que, plus que jamais, une concur-rence acharnée fait accepter des racines de mau-vaise sélection que la moindre pluie automnaleamène à une ruineuse pauvreté. Sous la pousséed’autres nations jouissant d’une législation écono-mique mieux appropriée, les prix mondiauxs’abaissent et nous ne pouvons les supporter.
Avec des alternatives diverses et grâce àd’énergiques efforts pour augmenter la richessede la plante et améliorer le travail industriel, laproduction progresse jusqu’en 1883-1884, annéependant laquelle elle se chiffre par 473 ooo T pour497 usines, soit pour chacune, mais en mêmetemps une crise, amenée par une énorme produc-tion mondiale, menace encore une fois de nousanéantir. L’Europe qui, en 1872-1873, produisait1 246 ooo 1 ’, voyait ce total passer à 2 456ooo T en1883-84 et la consommation suivait difficilementcette progression.
L’industrie et la culture, menacées de ruine,parviennent, avec le concours d’hommes d’Étatclairvoyants, à faire entendre leurs clameurs;elles obtiennent enfin une législation semblableà celle de leurs rivaux. Les effets bienfaisants deces mesures ne se font pas sentir de suite et, pen-dant les deux campagnes 1884-1885 et 1885-1886,la production descendit à 294 000 et 285 ooo T , puis,progressivement, les lois bienfaisantes donnentleur plein effet, malgré des retouches trop fré-quentes. La production s’élève à 659 ooo T en 1890-1891, pour atteindre en 1900-1901, io36ooo t , et1 173000 en 1903-1904, pour 300 usines, soit3 9oo T pour chacune.