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Histoire centennale du sucre de betterave : album illustré des reproductions de documents extraits de la collection de M. Jules Hélot / Edité en commémoration du Centenaire de la fabrication du sucre indigène par le Syndicat des Fabricants de Sucre de France
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Ce rapport eut un très grand retentissement.Quelques mois plus tard, Aimé Girard démon-trait scientifiquement que les vins obtenus parla fermentation du sucre en présence des marcsde vendange ont une composition assez régulièrepour qu’on puisse les considérer comme un pro-duit commercial défini, que la composition deces vins leur assigne des qualités alimentaireset hygiéniques équivalentes aux deux tiers, àla moitié dans les cas les plus défavorables, desqualités des vins ordinaires et qu’ils consti-tuent une boisson utile et recommandable.

La conviction était faite, mais il fallaitcompter avec les lenteurs parlementaires. Cefut seulement dans la loi du 29 juillet 1884, quiremania complètement le régime des sucres, quefut introduite la réduction de la taxe sur lessucres employés au sucrage. Cette dispositionest demeurée en vigueur jusqu’à la loi du 20 jan-vier 1903 qui établit un nouveau régime généralpour les sucres.

Fixée en 1884 à 20 francs par 100 kilogrammesde sucre, la taxe réduite fut portée, un peu plustard, en 1887, à 25 francs, et elle demeura à ce tauxpendant le reste de la période; l’usage du sucrefut entouré des précautions nécessaires pourqu’il ne fût pas détourné de cet usage.

Les viticulteurs profitèrent largement de lafaveur qui leur était concédée. L’emploi du sucreà taxe réduite absorba rapidement 40000 tonnespar an. Pendant la période quinquennale de 1895à 1899, il atteint près de 31000 tonnes annuelle-ment, mais la moyenne tombe à 11500 tonnespendant la période quinquennale suivante.

C’est que, durant ces vingt années, l’éner-

gique persévérance des viticulteurs avait triom-phé de la crise qui les avait étreints. La vigneavait été reconstituée et la récolte avait reprisdes proportions normales. On en arrivait même,dans la région méridionale, à considérer le sucrecomme le rival le plus dangereux et à regretterl’existence de la taxe réduite.

En supprimant celle-ci, la loi du 28 jan-vier 1903 avait, dans l’intérêt des viticulteurs,réglementé le sucrage, limité la quantité desucre à employer par les viticulteurs et exigé unedéclaration de la part de ceux qui y recouraient.Mais l’uniformité de la taxe ramenée à 25 francspour tous les sucres rendit ces précautions inu-tiles. Ce furent les beaux jours du sucrage «clan-destin», facilité d’ailleurs par ce fait que la Régie,qui tracassait volontiers ceux qui avaient fait unedéclaration, ne s’inquiétait pas de ceux qui n’enavaient pas fait. Une crise intense de mévente desvins, qui débuta dans la région méridionale eteut sa répercussion dans tout le vignoble, en futla conséquence.

De là une formidable levée de boucliers, quidégénéra en véritable insurrection. « Sus ausucre! » tel en fut le mot d’ordre. On allait jus-qu’à soutenir que l’accroissement dans la con-sommation provoqué par la détaxe générale pro-venait exclusivement du sucrage.

La paix ne revint que lorsque le Parlementeut pris des mesures draconiennes contre le com-merce du sucre : interdiction de la vente des vinsde sucre, suite des sucres en quantité supérieureà 25 kilogrammes, surtaxe sur les sucres employésrégulièrement au sucrage. Telle est la situationactuelle.

Est-ce à ces mesures que la viticulture doit leréveil des deux dernières années ? Elles sontgênantes pour le commerce de détail dans toutela France , vexatoires pour la ménagère qui veutpréparer des confitures avec des fruits, pour lesimple particulier qui veut consommer du sucreblanc; mais sont-elles efficaces contre les frau-deurs? C’est plutôt à l’organisation de ses asso-ciations de défense contre la fraude et au réveilqu’elle a imposé à la Régie et aux tribunauxque la viticulture doit d’avoir vu sa situations’améliorer.

La betterave et la vigne sont néanmoinsfaites pour s’entendre. Il suffit que l’une necherche pas à empiéter sur l’autre.

Le vin est un aliment, le sucre est unaliment, l’alcool lui-même (Atwater et Duclauxl’ont démontré) est un aliment.

La vigne donne le vin et l’alcool, la betteravedonne le sucre et l’alcool. L’hygiène, devenueaujourd’hui une personne puissante, viendra àleur aide pour les mettre d’accord contre lesbuveurs d’eau. Les microbes ne se rencontrentni dans le sucre, ni dans le vin, ni dans l’alcool,tandis qu’ils pullulent dans l’eau. C’est sur cetespoir que je veux terminer.

Henry SAGNIER,

Membre de la Société nationaled’Agriculture.