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LES AKTS ET METIERS ILLUSTRES.
Le chambrelan est bien, en effet, le Deus ex machina de la bou-tique ou du magasin de chaussures, qui ne vivent que par lui; il estbien vrai qu’il est d’humeur independante, et que le patron estsouventoblige d’en venir ä Ia priere avec lui : du moins, il I’afflrme et nemanque jamais de s’excuser aupres du dient impatient de ses retardssur la paresse ou l’inconduite de ses ouvriers, tous des chambrelans.Toutefois, on peut ne pas croire le patron sur parole, car j’ai remar-que ced, que les bons patrons, c’est-ä-dire ceux qui ont eux-memes,avec la loyaute qui rend les transactions agreables et faciles, de l’or-dre et de l’exactitude, ne manquent pas d’ouvriers egalement exactset loyaux, et d’une conduite qui peut etre comparee a la leur.
Du reste, le croquis du cbambrelan que nous venons de repro-duire est incomplet. Il y a deux especes de cbambrelans : ceux qui,prives de moyens de s’etabb'r, sont decides par l’amour du foyer autantque par la passion de l’independance; ceux qui vivent au jour le jour,soit parce qu’ils sont au debut de la carriere, soit pour cause d’in-conduite notoire et inveteree.
Les premiers n’habitent pas necessairement une « pauvre man-sarde » ou un « garni infect » ; il leur arrive de vivre la vie defamille des ouvriers aises, avec autant de dignite, sinon plus, qu’unmembre de la magistrature... assise, et alors on peut les trouverins-taües dans un petit atelier bien tenu dependant d’un appartement fortconvenable, entoures de leur petite famille et assistes ä l’occasiond’un de ses membres en qualite d’apprenti.
Les autres se reunissent frequemment trois ou quatre dans un« garni infect », y ayant chacun leur lit et groupes autour d’unbaquet de Science commun, ayant une pierre a battre egalement com-mune et le minimum d’outils indispensables. Des trois ou quatre oucinq ouvriers ainsi reunis, il n’y en a souvent pas deux qui travaillentpour le meme patron ; mais chacun jouit des avantages de la commu-naute, on se soutient l’un l’autre, et quand un camarade manqued’ouvrage, il est rare qu’il ne se trouve pas quelqu’un parmi les autresqui ne soit en etat de lui indiquer un 'plan. Ce sont principalementdes jeunes gens, des garcons, entout cas, qui forment ces chambrdes ;leur conduite n’est pas toujours mauvaise, tant s’en faut, et beaucoupqui vivent ainsi, profitant des economies sur toute chose resultantdu Systeme, ont appris le chemin de la caisse d’epargne sur lequel iln’est pas rare de les rencontrer, stimules par l’ambition de s’etablir oud’epouser quelque jolie fille discretement aimee, quand le magot sesera suffisamment arrondi.