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LES ARTS ET METIERS ILLUSTRES.
Mais avant d’en venir la, il a fallu habiller la forme, qui n’offreque la conüguration generale d’un pied d’une pointure donnee, etnon les details individuels. Ainsi, le cou-de-pied d’une forme doit tou-jours etre plus bas que la nature, parce qu’il est toujours facile d’yajouter une hausse , faite de quelques morceaux de cuir, pour attein-dre la hauteur voulue, ce qui est fait; de meme il peut se trouver dessaillies produites sur le pied du dient par des cors, des durillons, desnodosites, et que le formier n’a pas prevues : quelques fragments decuir habilement tailles, amincis, gradues ä coups de tranchet, reme-dieront ä cette omission fatale; la mesure, mise en frequente requi-sition, indiquera le moment oü Vhabillage sera acheve et la formeprete a servir; et c’est alors que le dessus et la semelle y prendrontleur place respective, pour se reunir intimement ainsi qu’il a ete dit.
La chaussure terminee, il s’agit d’en retirer la forme; et sans laprecaution qu’on a eue de faire du cou-de-pied une piece detachee,sorte de coin facile ä extraire avec quelques coups de marteau, leprobleme ne seraitpas souvent aise a resoudre. On enleve donc cettepartie, d’abord; puis, on prend un petit crochet de fer muni d’unepoignee transversale en bois tourne; on engage ce crochet dans untrou de meche pratique sur le cöte et pres du bord superieur de laforme, et l’on tire, la forme tenue de la main gauche, la pointe enl’air, et en frappant le talon äpetits coups sur le genou. — Au reste,des genoux de cordonnier ne sont jamais au repos.
LE TIRE-PIED. — Pour fixer sa semelle sur la forme, pour l’ymaintenir avant qu’il l’y ait clouee, le cordonnier a du recourir dejaa un appareil singulierement ingenieux dans sa simplicite primitive.Nous voulons parier du tire-pied. C’est une simple laniere de cuir unpeu epais, dont les deux bouts sont reunis par trois ou quatre pointsgrossiers. On passe le pied dans cette courroie par une extremite, etle genou par l’autre; eile est toujours assez longue pour que, uneforme ordinaire etant placee sur le genou, eile l’y puisse serrer etroi-tement sans trop d’efforts. C’est ainsi que, la semelle posee sur laforme, dans le cas precedemment invoque, l’ouvrier s’est empresse desaisir son tire-pied, d’y engager sa forme ainsi preparee et placeesens dessus dessous sur son genou, et d’autre part son pied; l’ouvrageest ainsi maintenu comme dans un etau et plus efficacement quant aubut poursuivi. G’est avec le tire-pied que le soulier renformö estmaintenu sur le genou par la tension du pied, dans toutes les opera-tions que l’ouvrier lui fait subir successivement.