LES SATURNALES, L1V. 11.
« moi assez d’oiseaux qui saluent de la sorte.» Lecorbeau eut assez de mémoire pour ajouter aus-sitôt cette phrase, qu'il avait entendu dire it sonmaitru lorsqu’il se plaignait : « J’ai perdu mon« argent et ma peine. » A ces mots, Auguste sou-rit, et lit acheter l’oiseau plus chèrement qu’iln’avait payé aucun autre.
Un pauvre Grec avait pris l’habitude de pré-senter à Auguste, quand il descendait de son pa-lais, une épigrammeen son honneur. Après qu’ill’eut fait plusieurs fois vainement, l’empereur,voyant qu’il s’apprêtait à le faire encore, traçarapidement de sa main, sur un feuillet, uneépigramme grecque, et la lui fit remettre commeil venait au-devant de lui. Celui-ci de la loueraprès l’avoir lue, de témoigner son admiration dela voix et du geste; et s’étant rapproché du siègede l’empereur, il mit la main dans une misérablebourse dont il tira quelques deniers, qu’il lui pré-senta, en ajoutant: «Cela n’est point sans doute« proportionné à ta fortune, A César; je te donne-« rais plus, si je possédais davantage. » Ce traitprovoqua un rire universel, et Auguste, ayantappelé, son trésorier, fit compter à ce pauvreGrec cent mille petits sesterces.
CHAPITRE Y.
Des plaisanteries et des mœurs do Julie, lillo d’Auguste.
Voulez-vous queje vous rapporte quelques unsdes mots de Julie, fille d’Auguste? Mais aupara-vant, si je ne dois point passer pour un trop discou-reur, je voudrais dire quelques mots des mœursde cette femme, à moins qu’aucun de vous n’ait
»
dielalnin salutiitionem. Une audita dum transit Augustes,respimdil : « Salis domi salulalorum talium linbeo. » Su-prrliiilcorvo memoria, ut et ilia, quilles dominum qneren-loin solehat aiulire, subtexerel : « Opéra et impensa pe-« riit. » Ad quod Ciesar riait ; emique awm jussit, quantimilium adliiic emerat.
Soleliat descemlenli a palatin Cœsari honorilicum ali-ipioil epigranmia porrigore Gracions. Id eum frustra sæpefroissât, rursiimquo eum idem faelurmn vidisset Augu-slus brevi sua manu in e.liarla exaravit Græeum epi-gramma tpergenli deinde ad se oliviam misit. Ille legendolaudare- mirari lam voce, quam vultu. Conique aeces-s'isset ad sellam; demissa in pauperem fmidam manu,paueos denarios prululit, quos principi daret. Adjeeluslue serino : Mï) x«rà vfr xûxrv cr^v, ae6xaxé- d jûéov elxov,TtWov èîiSouv. Seculo omnium risu, dispensatorem Ctcsarvoeavit, et sestertia ccntmn millia numerare Græeulojussit.
CAI’UT V.
Super jocls ac morilms Juliæ, Augustt liliæ.
Vultis aliqua et filiœ cjiis Juliæ dicta rcleramns? setlsi garrulus non pnlabor, volo de moribus feminæ (Miicn
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à dire autre chose de plus utile et de plus sérieux.Tout le monde l’ayant invité à poursuivre, ilcommença ainsi : — Julie, parvenue à l’âge detrente-huit ans, aurait, avec plus de bon sens,considéré cette époque comme celle de son dé-clin vers la vieillesse ; mais elle abusa de l’indul-gence de la fortune, comme de celle de son père.Néanmoins son amour pour les lettres, et l’ins-truction qu’il lui avaitété si facile d’acquérir danssa maison, le tout joint à un caractère rempli dedouceur et de bonté, faisaient encore d’elle unefemme pleine de grâces, au grand étonnement deceux qui, connaissantses vices, ne concevaient pascomment ils pouvaient s’allier avec des qualités sidisparates. Plus d’une fois son père lui avait pres-crit , én des termes dont l’indulgence tempéraitin gravité, qu’elle eût à modérer le faste de ses or-nements et l'appareil deses cortèges. Lorsqu’il con-sidérait la ressemblance de physionomie de sesnombreux petits-fils avec Agrippa, il rougissaitde douter de la vertu de sa fille; puis il se flat-tait queson caractère léger et pétulantlui donnaitl’apparence du vice sans qu’elle en eût réelle-ment la culpabilité, et il osait croire qu’elle étaittelle que, parmi ses ancêtres, avait été Claudia;ce qui lui faisait dire à ses amis qu’il avait deuxfilles qui demandaient les plus grands ménage-ments , et dont il devait tout supporter : la répu-blique, et Julie.
Julie était venue voir Auguste dans un cos-tume dont l’indécence offensait les yeux de sonpère, qui néanmoins garda le silence. Le lende-main elle changea de tenue, et elle vint embrasserson père, joyeux de la voir dans un costume d’unesévérité remarquable. Celui-ci, qui la veille avait
præmillere, ni qiiisquam veslrutn liabeat séria et di-scenda, quæ proférât. llortantibnsque omnibus, ut cœptoinsisleret, ita de Julia orsus est. Annum agebat tricesi-mmn oclavum, tempiis ætatis, si mens sana superesset,vergentis insenimn : sed indulgcnlia tain fortunes , quampalris abulcbatur; cuin alioquin literarum ainor, milita-que crud'lio, quod in ilia domo facile erat, præterea mitisliimianitas, miniineque sævus animas,ingentem feminægratinai conciliarenl, miranlibiis, qui vitia noscebanl,laiitam puriter diversitatem. Non semel præceperal èi pa-ter, temperato tamen inter indulgenliam gravitatemquesermone, modcrarclur profusos culliis perspicuosque co-mitatus. Idem eum ad nepotum turliam similitndinemrespexeral, qua repræsontabatur Agrippa, dubilare depndicitia lilia; ernbescebat. Inde blandiebatur sibi Augu-stus lætum in lilia animum nsque ad speciem procacita-tis, sed renlu liberum; et talent fuisse apud majoresClaudiam eredere audcbnt. ltaque inter amicos dixit,duas se liabere lilias delicatas, quas necesse Itaberet fer-re, rcmpublicam et Juliam.
Vénérai ad eum licentiorc babiiu, et oculos offenderatpatris tacentis. Mutavit cultus sui postera die morem, etlætum patient, affeclala severitate, complexa est. Atille, qui pridiedolorem Simm conliimerat, gaudiumeon-tineru non potuit : et, « Quantum Itic ait in filia Augu-