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Macrobe (oeuvres completes), Varron (de la langue latine), Pomponius Mela (oeuvres completes) : avec la traduction en français / publiées sous la direction de M. Nisard
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NOTICE

SUR POMPONIUS MÊLA .

Pomponius Mêla , dont le nom se trouve écritMella dans la plupart des manuscrits, et dans lesplus anciennes éditions de sa Géographie, était Espa-gnol , ainsi qu’il a soin de le dire. 11 a même indi-qué le nom de la ville qui lui donna le jour : Noussommes, dit-il, de Tingentera (1). Cette petite citéde la province d’Espagne appelée Bétique, et qu’ilplace dans un golfe non loin du mont Calpé , aujour-d’hui Gibraltar , nous paraît avoir dü être situéeprès de remplacement qu’occupe la ville mari-time d'.-llgésirus, qui maintenant donne son nom àce golfe.

L’époque de sa naissance, sans être précise, estcependant facile à déterminer, d’après le passage oùil parle d’un grand prince qui va célébrer par untriomphe la conquête de la Grande Bretagne (2). Or,on sait que Claude lit cette conquête dans la troi-sième année de son règne, c’est-à-dire l’an 43 deJ. C.; d’où l'on peut conclure, avec l’Espagnol Vadia-nus, son commentateur, que Pomponius Mêla étaitcontemporain de l’empereur Claude; et comme iln’est pas probable qu’il ait composé sa Géographieavant l'âge de trente-cinq ou quarante ans, on peutadmettre qu’il naquit sous lerègne d’Auguste , c’est-à-dire dans les premières années de notre ère.

Quelques écrivains prétendent qu’il était de la fa-mille des Anuæus, et le font fils de Marcus Annæus ,Sénèque le rhéteur, et conséquemment frère deSénèque le philosophe. Ils se fondent sur ce que lerhéteur a dédié le premier et le cinquième de ses dixlivres sur la controverseà ses trois fils Marcus An-næus Novatus, Lucius Annæus Sénèque , et LuciusAnnæus Mêla.

Si cette opiniou, qui du reste s’accorde assez avecl’âge que nous venons d’assigner à notre géographe,pouvait être admise, elle aurait l’avantage de nousfixer sur l’époque et le genre de sa mort, ainsi quesur l’âge qu’il avait lorsqu’il mourut. En effet, aurapport de Tacite (3), Annæus Mêla fut accusé surde fausses lettres qu’on lui attribuait, et qui avaientété contrefaites par Fabius Romanus, d’avoir cons-piré contreNcron. L’empereur désirait s’emparer deses richesses : Mêla comprit qu’il était perdu; il sefit ouvrir les veines, et expira l'an 820 de Rome ,et la 67 e de notre ère. Notre géographe devaitavoir environ soixante ans. Mais ce trait d’his-toire se rapporte-t-il bien à Pomponius Mêla ? Lejésuite Ilardouin pense qu’il s’agit d’un autre per-

R) L. Il, ch. 0.... at(|ue unité nos suinus Tingentera.

(î) I.ib. III, ch. 6. .. ila triumpho declaraturus portât.

( 3 > Tacite , Ann., liv. XVI, S 17.

sonnage, et nous sommes de son avis. Nous ne di-rons pas avec Malte-Brun , à l’appui de cette opinionà la quelle il s’est rangé, que Sénèque le philosopheet Mêla le géographe ne peuvent être ni les frèresni les élèves de Sénèque le rhéteur, parce qu'on netrouve pas la moindre conformité entre eux pour lestyle et l’esprit; car nous ne pensons pas que deuxfrères, bien qu’ayantreçu la même éducation, doiventnécessairement se ressembler au moral comme auphysique, mais nous ferons observer que Tacite etPline nous apprennent qu’Annæus Mêla était inten-dant de l’empereur ; à quoi Tacite ajoute qu’il tenaitbeaucoup à accroître ses richesses en conservant lagestion des domaines impériaux ; et que l’ardeurqu’il mit à recouvrer les biens de son fils Lucius,qui venait de mourir, suscita contre lui Fabius Ro-manus, ami de celui-ci. Ainsi donc un publi-cain, un homme à qui l’histoire a infligé le re-proche de cupidité, serait le même que le savantmodeste, que l’élégant écrivain dont on a pendantsi longtemps goûté, admiré même la géographie !Cette supposition est hors de toute vraisemblance.En effet,si l’on considère que Pomponius Mêla aconçu le plan de sa géographie pour l’horizon del’Espagne , qu’il a composé cet ouvrage dans sa pro-vince et pour les Espagnols ses compatriotes, ce qu’iltémoigne assez clairement en prenant pour pointde départ et pour point de retour de sou voyageimaginaire le détroit des colonnes , on ne peut pasadmettre que Néron ou son prédécesseur ait étéprendre pour intendant un géographe, célèbre à lavérité, mais que sa position dans une province éloi-gnéerendait tout à fait étranger aux intrigues commeaux fonctions de la cour. On ne peut pas admettrenon plus que notre géographe ait consenti à quittersa vie paisible pour le tourbillon de Rome , ni que lesavant écrivain soit devenu l’odieux personnagedont Tacite nous a tracé le portrait.

Une autre objection qu’il ne faut pas omettre,c’est que l’Annæus Mêla que Pline et Tacite quali-fient de chevalier romain eût été désigné par l’un oupar l’autre sous le titre de géographe, si c’eût éténotre auteur; ou qu’ils l’eussent appelé Annæus Pomponius Mêla , pour ne pas le confondre avec lefrère de Sénèque le philosophe. En effet, le nom dePomponius a une grande valeur dans la questionqui nous occupe, puisqu’il indique, ou que notregéographe appartenait à une branche de la famillePomponius, l’une des plus illustres de Rome , ouqu’il était d’une famille espagnole adoptée ou pro-tégée par les Pomponius . Dans l’un ou l’autre cas( et le dernier est le plus probable ), Mêla le géogra•