NOTES SUPPLÉMENTAIRES.
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pienne; il admettait que si les anciens n’ont pas parlé dulac Aral, c’est qu’il n’existait pas encore de leur temps;c’est que la Caspienne ne l’avait point encore formé en serétrécissant. Du temps d’Hérodote , ainsi que le fait obser-ver le célèbre orientaliste, le bras du laxartes, appeléAraxes, tombait dans la mer Caspienne ; trente-neuf au-tres bras de ce fleuve se perdaient dans des marécagesqui se sont desséchés, et qui font partie de la steppe desKirghiz. Si l’ancienne mer Caspienne a diminué, ajoute-t-il , et si le lac Aral est le reste de sa partie orientale, ilparaît vraisemblable qu’il doit être plus haut que la merCaspienne de nos jours. En elfet, les différents nivelle-ments ont prouvé ce qu’avait deviné Klaproth : ainsi,pour ne parler que des plus récents, qui doivent êtreles plus exacts, M. Hommaire de Hell a reconnu que cettemer était à l8 m 30 au-dessous du niveau de la mer Noire ,tandis que MM. Sagoskine, Anjou et Duhamel ont trouvé,en 1826, que le lac Aral est à 35 m. 66 au-dessus de lamer Caspienne, ou à 10 m. 91 au-dessus de la merNoire .
S’il fallait une nouvelle preuve de la diminution gra-duelle de la Caspienne , il nous semble qu’elle se trouvenaturellement dans ce qui se passe autour de cette mer :ainsi, l’on a remarqué la diminution d’un grand nombre delacs dans les steppes environnantes; ainsi, la diminutiondu lac Aral et le dessèchement graduel de quelques coursd’eau ne sont point douteux.
M- Mouraviev ( Voyage en Turcomanie et à Khivaen1819 et 1820) a reconnu les anciens bords de la mer Cas-pienne entre ses côtes actuelles et l’extrémité méridionaledu lac Aral; il a même suivi l’ancien lit de VOxus (l’A-mou-deria) jusqu’à la tner : à quelque distance de celle-ciil se divisait en deux bras, dont l’un se dirigeait au nordet l’autre au sud du petit mont Balkan . Le lit desséchéa, dit-il, six cent cinquante pieds de largeur et quatre-vingt-dix-sept de profondeur. Voilà donc un oflicier russequi n’avait probablement aucune connaissance du textede Mêla, puisqu’il n’en dit pas un mot dans sa relation,et qui, d'après l’inspection des lieux, confirme l’assertiondu géographe latin ; car il devient évident, par ce rapport,que du temps de celui-ci le second bras de l’Oxus étaitdéjà à sec.
L ’laxartes (la Sir-deria) se jetait dans le lac Aral partrois bras difléreuts : le Djan-deria, le plus considéra-ble et le plus méridional, était à sec depuis dix ans, lorsqueM. Mouraviev accomplissait sa mission en Khivie; leKouvan-deria, qui étaitle bras du milieu,adiminuécon-sidérablement en cent ans : il est devenu tellement étroit,qu’avant un siècle peut-être il sera desséché, et le fleuven’aura plus qu’une seule embouchure.
Cette seule diminution dans le volume d’eau des affluentsdu lac Aral suffirait pour expliquer comment ce lac a dimi-nué d’étendue, et comment par suite de son élévation au-dessus de la Caspienne , il en a été séparé. Mais la dimi-nution du lac a laissé tout autour des traces qu’on ne peutrévoquer en doute : outre les lacs salés qui l’environnent,on remarque, comme autour de la Caspienne , que le soiest composé de sable renfermant des coquilles identiquesavec celles qui y vivent, ainsi qu’un grand nombre d’arê-tes de poissons. La marche des sables mouvants contribueaussi à diminuer sa surface. Ce dessèchement est devenutellement visible, il s’effectue aujourd’hui d’une manière sirapide, que tout le passé s’explique facilement par ce qui alieu de nos jours. Aussi peut-on admettre comme cer-tains les témoignages des peuples nomades, qui ont remar-qué eux-mêmes les changements qui se sont opérés à l’é-gard du lac Aral depuis un temps assez court. Le baronGeorge de Meyendorf, qui a fait partie d’une ambassaderusse envoyée à Boukhara , cite, à ce sujet, le témoignaged’une foule de Kirghis, qui lui assurèrent que leurs pères
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avaient vu les eaux du lac Aral s’étendre au nord jusqu’aupied du Sari-boulak, colline éloignée aujourd’hui de quinzelieues de ses rives, et que le Kamecbine-bach, grande baieque forme le Sir-deria à quelques lieues de son embouchure,s’était reculé de trois quarts de lieue en moins de quatreannées.
M. Mouraviev nous apprend aussi que les Khiviens ontconservé des traditions d’après lesquelles ils expliquent ledessèchement de l’ancien lit del’Amou-deria, dont l’exis-tence doit remonter à une antique époque de civilisation,puisqu’on remarque sur ses bords des restes de canauxet d’édifices quelesKhiviensattribuent faussement à leursancêtres, car ils ne font plus de semblables travaux, mêmeà Kliiva leur capitale. Suivant ce peuple, un violent trem-blement de terre aurait, il y a cinq cents ans, modifié lasurface du pays, etobllgé le fleuve à abandonner son ancienlit pour suivre la direction du nord. La date de ce faitne s’accorderait point avec le récit des auciens, ni aveccelui du géographe arabe Ebn Haoukal, qui écrivaitvers le milieu du dixième siècle, et qui place l’embouchurede l’Amou-deria dans le lac de Kharism, qui est le mêmeque celui d’Aral ; mais il faut considérer la tradition plu-tôt que la date chez nn peuple qui n’a point d'annales.Ainsi le souvenir du tremblement de terre est peut-êtreplus important qu’on ne pense, car il pourrait avoir quel-que rapport avec l’événement physique qui a contribué àla séparation de la mer Caspienne et de la mer d’Azof.Quant à la date, cinq siècles peuvent paraître un tempsextrêmement long pour des nomades et des barbarescomme les Kirghiz et les Khiviens, qui sont peut-être flat-tés de pouvoir raconter un événement arrivé dan6 leurpays depuis qu’ils y sont établis; maison peut admettrequ’ils ont appris cet événement par les peuples qui lesavaient précédés, et l’on pourrait ainsi remonter à environtrois mille ans, époque qui serait assez reculée pour que laséparation de la mer Caspienne et du Palus-Méolide fûtdéjà un fait ancien du temps d’Hérodote , et pour que ladiminution delà Caspienne, qui aura fait du lac Aral unsimple golfe de cette mer, fût aussi un fait ancien du tempsde Pomponius Mêla .
La question que nous traitons, nous avons dit qu’elleétait du plus haut intérêt, pai ce qu’en effet elle ne tient passeulement à la géographie; elle se rattache aussi à l’his-toire. L’une des antiques routes commerciales de l’Inde est indiquée par Pline (lib. VI, cap. xvu), qui rapporteque l’on avait dit à Pompée que les marchandises venantde cette contrée pouvaient être embarquées sur l’Icharus ,affluent de l’Oaüzs; qu’elles descendaient jusqu’à la merCaspienne , d’où elles étaient transportées à l’embouchuredu Cyrus qu’elles remontaient, pour descendre ensuite lePhasis jusqu’au Pont-Euxin. Strabon (lib. Il, cap. i ) avaitdit la même chose en ces termes : « L’Oxus est tellementnavigable, que, par son canal, les marchandises indienness’apportent avec facilité jusqu’à la mer Hyrcauienne (Cas-pienne ) , d’où, par d’autres fleuves, elles arrivent successi-vement jusqu’au Pont-Euxin . Ces deux citations sont bienprécises, et elles indiquentune roule parfaitement directe.Mais comme les savants qui s’occupent de ces questionsn’ont pas voulu reconnaître que le lac Aral ait pu être ungolfe de la mer Caspienne , on a supposé des obscurités,des erreurs; on a torturé les textes, pour faire passer parle nord de cette mer une route qui n’a jamais pu exister.
On nous pardonnera donc d’avoir traité peut-être avecun peu trop de détails une question dont la solution pournous, et, nous l’espérons, pour le lecteur, est que vers lecommencement de notre ère le lac Aral était un golfe de lamer Caspienne . •
(92) Certaines éditions, entre autres celle de la Sociétéde Deux-Ponts, mentionnée précédemment, et dont nousadoptons le texte, à quelques corrections près, portent
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