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Macrobe (oeuvres completes), Varron (de la langue latine), Pomponius Mela (oeuvres completes) : avec la traduction en français / publiées sous la direction de M. Nisard
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POMPONIUS MÉL.4.

sée, le fit mettre à mort, en punition de son premier crime.

Tel est le récit de cette seconde expédition!, dont lesgéographes anciens ne paraissent pas avoir en pins deconnaissance que de la première.

Le périple dHannon , dont parle Mêla, remonte à uneépoque incerlainc : la plupart des savants saccordent à lelixer au temps dAlexandre le Grand , époque delà plusgrande prospérité de Carthage, cest-à-dire environ troiscent trente ans avant notre ère : cependant un savant aca-démicien Bougainville ( Mémoires sur les découverteset les établissements faits le long des côtes dAfrique par flannon ) , qui a traité en détail celte question, portela date de celte expédition vers lan 570 avant notreère.

Les Carthaginois, qui avaient probablement connaissancedes deux voyages dont nous venons de parler, confièrentà llannon,lun de leurs amiraux, la mission daller fonderdes colonies sur les côtes africaines baignées par l'Océan.Ilannon mil à la voile avec une Hotte de soixante naviresà cinquante rames, chargés de trente mille individustant hommes que femmes, de vivres et dautres objetsnécessaires.

« Après avoir, dit-il, navigué pendant deux jours au delàdes Colonnes dIlercule, nous fondâmes une ville qui futnommée Thgmialerion et qui domine une vaste plaine.Arrivés au cap So loé, couvert de bois épais, nous y éle-vâmes un autel à Neptune. Ou cap Soloé nous naviguâmesune demi-journée en tirant vers lest, et nous arrivâmes ànu étang voisiu de la mer et rempli de grands roseaux :une multitude déléphants et dautres hôtes sauvages pais-saient sur ses bords. Après une journée de navigation audelà de cet étang, nous fondâmes sur la côte Caricum-Teichos, Gy lié ,Acra, Melitla et Arambys. Continuantensuite notre route, nous arrivâmes au grand fleuve Lixus ,sur les bords duquel les Lixites nomades faisaient paîtreleurs troupeaux. Nous y séjournâmes quelque temps, etnous conclûmes avec eux un pacte damitié. Au-dessusde ces peuples habitent des Éthiopiens sauvages, dans unecontrée montagneuse et pleine de bêtes féroces, le Lixus a ses sources. Ces montagnes étaient habitées par des Tro-glodytes, hommes dune configuration extraordinaire, etqui à la course surpassaient la vitesse des chevaux, à ceque disaient les Lixites.

« Après avoir pris des interprètes chez les Lixites, noussuivîmes pendant deux jours une côte déserte qui séten-dait au sud; tournant ensuite vers lest pendant un jourde navigation, nous trouvâmes au fond dun golfe une pe-tite lie de cinq stades de circonférence, que nous appelâ-mes Cerné, et nous établîmes des colons. Ici nouscalculâmes notre route, et nous reconnûmes que Cerné està ('opposite de Cartilage par rapport aux Colonnes : carnotre navigation depuis Carthage jusquaux Colonnes avaitduré autant que celle depuis les Colonnes jusquà Cerné.

« Après avoir remonté lembouchure dun grand fleuvenommé Chrès, nous arrivâmes à un étang dans lequelétaient trois Iles plus grandes que Cerné. Nous parvînmesau - fond de cet étang en un jour de navigation. séle-vaient de hautes montagnes habitées par des hommessauvages, vêtus de peaux de bêles fauves, qui, nous ayantattaqués à coups de pierres, nous forcèrent de nous retirer.Nous reprîmes la mer, et continuant notre route, nous en-trâmes dans un autre fleuve, grand , large et plein de cro-codiles et dhippopotames. De nous retournâmes à Cerné.

« De Cerné, recommençant le voyage au sud, nous vo-guâmes pendant douze jours le long de la côte, habitéepar des Éthiopiens qui fuyaient à notre approche. La lan-gue de ces peuples nétait plus entendue par les Lixites,nos interprètes. Le douzième jour, nous fûmes près degrandes montagnes, couvertes darbres odoriférants dediverses espèces. Ayant navigué deux jours plus loin,

nous nous trouvâmes dans un golfe immense, bordé deplaines. Pendant la nuit on voyait briller de tous côtésune quantité de feux, tantôt plus grands, tantôt plus pe-tits. Nous renouvelâmes notre eau en cet endroit, et,ayant suivi pendant cinq jours les côtes de ce golfe, nousarrivâmes à une grande haie nommée par nos interprètesla Corne du Couchant. Dans ce golfe était une grandelie, et dans celte île un lac deau salée renfermant uneautre lie. Étant descendus dans la grande lie, nous na-perçûmes pendant le jour que des forêts ; mais pendant lanuit nous vîmes briller un giand nombre de feux, et nousentendîmes retentir des flûtes, des cymbales et des tam-bourins, au milieu de cris effroyables. Nous en fûmes épou-vantés , et nos dev ins nous conseillèrent de quitter promp-tement cette île.

u Après en être partis, nous voguâmes le long dune côfeembrasée et odoriférante; partout des torrents de feu sé-coulaient dans la mer. Le sol était si brûlant, que lespieds ne pouvaient en supporter la chaleur. Nous nous enretirâmes an plus vite; et, durant quatre jours que noustînmes la mer, la terre nous parut remplie de feux toutesles nuits. Au milieu de ces feux, il sen élevait un beau-coup plus grand que les autres : il semblait atteindre jus-quaux astresjmais dejouron ny distinguait qu'une liantemontagne appelée Théon Ocherna (le Char des Dieux ).

« Après avoir passé pendant trois jours ces torrents defeu, nous arrivâmes à une baie nommée la Corne dumidi. Dans le fond de ce golfe existait une lie qui. commela précédente, renfermait un lac dans lequel se trouvaitune autre lie peuplée de Sauvages. Les femmes, plus nombreuses que les hommes, avaient le corps velu, et nosinterprètes les nommaient Gorilles . Nous ne pûmes saisiraucun homme, car ils fuyaient à travers les précipices etse défendaient à coups de pierres ; mais nous primes troisfemmes : elles rompaient leurs liens, elles nous mor-daient et nous déchiraient avec fureur; nous les tuâmesdonc, et les ayant écorchées, nous rapportâmes leurspeaux à Carthage. Nous ne pûmes naviguer plus loin,faute de vivres. »

Telle est la relation qui nous est parvenue de cette im-portante expédition. Il parait que lamiral carthaginoisvoulut en éterniser la mémoire par une inscription gravéedans un templede Saturne, oùquelquevoyageurgrec lauratraduite, vraisemblablement dune manière peu exacte :ainsi il est probable quil a négligé de noter le nombre dejournées de navigation employées par Ilannon qui, en marinexpérimenté, na pas omettre ce renseignement im-portant, qui pourrait aujourdhui nous guider pour estimeravec exactitude jusqu il est allé. Bochart, Campoma-nés et Bougainville ont étendu les découvertes de Ilannonjusquà la Sénégambie et même jusque sur les côtes deGuinée . Ce nest que, disent-ils, quon retrouve les nè-gres, les crocodiles, les hippopotames et les grandsfleuves mentionnés dans la relation. Gossellin au contrairea borné le voyage dHannon aux environs du cap Nonn :mais comme il sappuie sur la géographie de ltulémée, etque ce géographe systématique nadmettait pas les idées deses devanciers, puisquil supposait que, sous le vingtièmeparallèle au sud de léquateur, les côtes de lAfrique aulieu de sétendre vers le midi, se dirigeaient vers lorientet allaient sunir aux côtes de lAsie , de manière à fairede la mer indienne une méditerranée, il est clair que cenest point Ptolémée qui peut fournir quelque lumière surle voyage dHannon . D'ailleurs nous avons eu déjà locca-sion de faire remarquer que Gossellin a employé toute sonérudition à soutenir le système quil sétait fait, et qui avaitpour but unique de restreindre dans les plus étroites li-mites les connaissances géographiques des anciens.

Tout ce qua dit Bougainville étant parfaitement con-forme à notre opinion, cest ce savant secrétaire de lAca-