Band 
Tome premier.
Seite
104
JPEG-Download
 

_104 Histoire de Geneve.

1501. Danses, Mascarades, & autres divertissemens. Cela attîroîtinsensiblement la jeunesse dans la débauche, & outre que leDuc étoit jeune & goûtoit ces plaisirs avec passion, il étoitbien aise que ces pompes & ces divertissemens sussent au-tant de charmes pour endormir les Genevois.

Eyria s’étant sauvé de la prison où il étoit à Chillon, s’en-fuit à Berne, & fit ses plaintes à Messieurs du Conseil desoppressions de René, les priant de le tenir fous leur protec-tion, & de faire entendre au Duc les violences dp son frè-re. Ce qu’ils firent & députèrent à son Alteííe, qui com-mençoit à changer d’ínclination pour lui. II y avoir alors unPrédicateur à ía Cour de l’Ordre des Déchaussez , nomméFrere Mulet , qui lui remontra un jour dans un de ses Ser-mons , la pauvreté & la misère de ses Sujets, l’exhortant deles soulager à l’avenir en châtiant les larrons de fa fuite, lesvéritables sang-sués du pauvre Peuple. II comparoir le Ducà une grande Bourse pleine de petites bourses bien rempliesd’argent, dont la grande étoit vuide, entendant par-là, ceuxqui saisoient si bien leur main auprès du Duc, & conseilloitqu’on fît vuide r toutes ces petites bourses dans la grande.Le Duc & ses gens virent bien que ces paroles s’addressoientau Batard, qui étoit le plus grand de ces tyranneaux, quivoioient le Peuple. Aussi son crédit diminua bien-tôt, tantà cauíe de cela, qu a cause de son orgueils car il avoir or-dinairement, allant & venant à la Cour, une suite plus grandeque son Maître. Le Duc ayant commencé à ne le plus tantconsidérer, les Courtisans l’abandonnerent aussi. Cela rabat-tit un peu fa fierté, & craignant à la fin d’étre chassé, il crûtqu’il vaudroit fnieux demander honnêtement son congé, qued’attendre qu’on le lui donnât sans savoir demandé. II s’envint donc un jour trouver le Duc auquel il tint ce discours.Monseigneur , s ay toûjours été & fuis encore •vôtre tr es-hum-ble fìrviteur & ■> & de P^ us vôtre pauvre frere Bâtard;

car feu Monseigneur vôtre Pere nia avoué pour tel ; je vousai servi jusqu â présent avec lc %ele & íardeur qu on doit at-tendre

o