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Le vingtième siècle / texte et dessins par A. Robida
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Le Vingtième Siècle.

Les convives, atterrés, gardaient un silence mortel.

— Nous reprendrons cette conversation tout à l’heure, madame ! fitG-ontran avec dignité; voyons d’abord au plus pressé... si nous tardons àdécouvrir cette fuite, le bouillon va envahir toute la maison...

— Nous nous plaignions de ne pas en avoir assez tout à l’heure, ditM rac Gontran, nous en avons trop maintenant...

— C’est bien, ajoutez l’ironie à... l’inconvenance! Nous causerons toutà l’heure.

— Yoici l’ingénieur, monsieur, dit le valet de chambre reparaissantsuivi d’un monsieur inconnu.

— Je vous demande pardon, mesdames et messieurs, dit l’ingénieur,mais tout va être réparé; la fuite est trouvée, mes hommes réparent letuyau ; dans cinq minutes vous pourrez dîner... je vous prie seulement deme donner vos noms et prénoms pour le procès-verbal...

— Pour le procès-verbal?...

— Oui, monsieur; il y aura enquête sérieuse, car la malveillance n’estpas étrangère à l’événement... des tuyaux ont été coupés ou arrachés!...

— Coupés !

— Des malfaiteurs ont profité des travaux en cours dans la maisonvoisine pour accomplir leur odieuse manœuvre ; mais nous saurons lesdécouvrir..., vous connaissez le vieil adage : Cherche à qui le crimeprofite !... c’est une Compagnie concurrente qui a fait le dégât pour nousfaire du tort, c’est elle qui payera les frais!... J’ai l’honneur de voussabrer !

— Le robinet marche, voici le potage ! s’écria triomphalement undomestique faisant son entrée avec la soupière.

— Veuillez encore une fois agréer toutes mes excuses! fit Gontrande Saint-Ponto qui avait repris tout son sang-froid et... à table !

— Vous avez raison, dit ltaphaël Ponto après avoir dégusté le fameuxpotage, cette nouvelle Compagnie fournit de merveilleux potages, vrai-ment !

— Si vous en redésirez, fit Gontran en essayant de sourire, il y en adeux mètres dans la chambre de madame.

Malgré ce timide essai de plaisanterie, le dîner ne brilla point par lagaieté; il était visible que la brouille survenue entre M. et M mc Gontran deSaint-Ponto était très sérieuse.

A la fin du dîner, Gontran prit la parole avec une certaine solennité.