Buch 
Le vingtième siècle / texte et dessins par A. Robida
Entstehung
Seite
256
JPEG-Download
 

256

Le Vingtième Siècle.

Et M. Pouto donna des signes de contrariété pendant tout le restede la promenade.

Philippe Ponto, le frère de Barbe et de Barnabettc, arrivait deConstantinople par le tube de 8 b. 45 pour prendre sa part des vacancesdécennales. Depuis plusieurs années, des affaires importantes et embrouilléesle retenaient à Constantinople à la succursale de la banque Ponto. On saitque lors de la faillite de la Turquie en 1935, M. Ponto, qui venait dedonner un colossal essor à sa maison, fut nommé syndic de la faillite. Cecid’abord avait nécessité de fréquents voyages en Turquie , puis un jour étaitvenu où M. Ponto avait pu donner sa procuration à son fils et l’installer àla tête de sa succursale de Byzance .

Disons-le tout de suite, Philippe Ponto ne donnait pas à son père unesatisfaction sans mélange ; il n’était pas tout à fait aussi pratique que sessœurs, et il avait dans son passé une chose terrible, un sonnet, inachevé, ilest vrai, mais 'enfin un sonnet de treize vers et demi, trouvé, avec des fré-missements d’horreur, dans ses cahiers d’études, par l’éminent directeurde l’École des liantes études commerciales et financières. Si tout autre quele fils du grand banquier Ponto se fût rendu coupable d’une pareille orgiepoétique, sans nul doute il eût été impitoyablement mis à la porte dusanctuaire des sciences pratiques. Philippe en fut quitte pour un moisd’arrêts et pour un immense pensum, consistant à résumer en un travail detrois cents pages tout ce que les économistes avaient écrit sur la formationdes capitaux et sur la monnaie, métal ou papier, et autres signes représen-tatifs des valeurs.

Philippe dormit jour et nuit pendant trois mois, presque sans inter-ruption ; ce terrible châtiment coupa les ailes à sa muse, et plus jamaisil n’osa se permettre d’aligner deux rimes. Ensuite son père l’envoya euTurquie , pays pittoresque, où même les questions de finances revêtent uncertain caractère fantaisiste et azuré. Philippe, sous-syndic de la faillite,fut accablé d’amabilités et de prévenances par le; commandeur des croyants;il habita un palais de marbre sur le Bosphore, il eut les caïques dorés dela cour à ses ordres et les pachas à ses pieds.

Ce fut grâce à l'influence de Philippe qu’eu 1949, après quatorzeannées de misérables chicanes avec tous les huissiers et avoués du globe,après le grand Congrès d’huissiers de 1948,1e sultan obtint enfin son con-cordat, en donnant seulement 7 1/4 pour 100 à l’âpreté de ses créanciers.La chronique scandaleuse parla d’un certain cadeau de quatorze Circas-