•-262
Le Vingtième Siècle.
Les dilettanti, les gens à goûts artistiques, dédaignant les fusils tropmodernes qui se chargent par la culasse, trop vite et presque comme desmécaniques, descendaient dans la rue armés de vieux mousquets à jûerre etharnachés de gibernes pittoresques. Le plaisir est certainement bienmoindre à faire rouler un fusil à répétition, qu’à charger en quinze mouve-ments un de ces vénérables mousquets à silex, à faire sonner la baguettedans le canon, musique délicieuse et émouvante, et à faire grincer lesressorts du chien.
Quant aux collectionneurs, aux amateurs de bibelots et de belles armes,ils se seraient bien gardés de perdre une si belle occasion d’endosser debrillantes ferblanteries dereîtres, de se coiffer de casques, de bourguignottes,de salades et de so barder de dagues féroces et de pistolets d’arçon monu-mentaux.
En se rendant en aérocab au tube méditerranéen, Hélène aperçut mêmedans un quartier habité par des artistes photo-peintres un bataillon depatriotes brandissant avec coquetterie des hallebardes du plus pur moyenâge.
La gare des tubes du sud était encombrée d’insurgés et surtout d’in-surgées ; des députations de tous les clubs féminins attendaient les volon-taires marseillaises avec des drapeaux, des couronnes et des musiques-Hélène arriva juste comme le train de Marseille entrait en gare, elle eutsa part de l’ovation enthousiaste qui accueillit les volontaires. Pour un peu,n’était la pensée des cartouches oubliées par les gens distraits dans lesfusils et son paraballe qui la gênait aux entournures, elle se fût laisségagner par l’enthousiasme.
Ce fut si joli, le défilé des volontaires marseillaises devant la gare etson groupement devant les objectifs de vingt photographes accourus pourle saisir au passage ! La commandante, une femme de tête, correspondanteà Marseille de la grande société des citoyennes libres de France , reçutadmirablement Hélène, lui parla de M me Ponto et des services rendus parla banquière à la cause féminine, et la présenta immédiatement au corpsd’officières.
ce Vous marcherez à côté de moi, dit-elle, au premier rang, sabre-
bleu !
— Non, dit Hélène, je suis journaliste, je préfère marcher au dernierrang pour mieux embrasser l’ensemble...
— C’est juste, dit la commandante, suivez-nous à l'arrière-garde..-