Buch 
Le vingtième siècle / texte et dessins par A. Robida
Entstehung
Seite
264
JPEG-Download
 

264

Le Vingtième Siècle.

la jeunesse régénérée du xx« siècle a de plus nobles aspirations, il lui fautles luttes du forum, les émotions de la guerre civile, les vives sensations

de... »

M. Ponto fut interrompu dans ses théories par une violente rumeursur le boulevard.

« Descendons, sabrebleu ! s’écria la commandante en bouclant sonceinturon. Ayez les yeux fixés sur moi, mademoiselle, et ne m’oubliez pasdans votre article ! »

Un escadron de cuirassiers refoulait la foule sur la chaussée. Lescasques et les cuirasses étincelaient, les sabres brillaient, c’était superbe.M. et M me Ponto ne purent s’empêcher d’applaudir.

« Vivent les cuirassiers ! s’écrièrent cent mille voix sur le boulevard,à bas le gouvernement, mais vive l’armée !

— Escadron ! cria le commandant, en avant, chargez ! »

La foule se rabattit sur les bas côtés et l’escadron continua sa chargedans la direction de la Madeleine .

« Cela ne se gâtera qu’à deux heures ! » dit M. Ponto.

À deux heures, une nouvelle charge de cuirassiers fut reçue parla foule avec quelques pierres et un immense cri de : A bas le gouver-nement !

Un flot d’insurgés armés de fusils se porta au milieu de la chaussée,les volontaires de Marseille croisèrent la baïonnette. Derrière eux, la fouleabattit les échafaudages d’une maison en construction et se mit en devoirde soulever les pavés. Les applaudissements éclatèrent à toutes les fenêtresdu boulevard — A bas le gouvernement ! A bas les ministères masculins !A bas tout ! En un clin d’œil des barricades s’élevèrent en avant et euarrière des cuirassiers ; l’escadron essaya de franchir la barricade devant lecafé, quelques cavaliers roulèrent sur les pavés, les autres ne purent niavancer ni reculer.

Une officière des volontaires de Marseille saisit par la bride le chevaldu chef des cuirassiers.

« Commandant, s’écria-t-elle, vous avez fait votre devoir; pas de car-nage inutile. »

La vieille moustache se dressa sur ses étriers pour chercher un passage ;partout des pavés, partout des barricades, l’escadron était cerné.

« Allons, dit le commandant, autant me rendre à vous, charmanteennemie, qu’à un épicier insurgé... voici mon sabre !