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Le vingtième siècle / texte et dessins par A. Robida
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Le Vingtième Siècle,

la barricade elle-même, ils avaient tiré du musée d’artillerie quatre cou-leuvrines du temps de François I er ; mais à la quatrième bordée les couleu-vrines éclatèrent avec ensemble ; les vaillants artistes, loin de se découra-ger, clouèrent leur drapeau au sommet de la barricade et continuèrentla lutte avec leurs arquebuses à roues et leurs escopettes à silex. La bar-ricade fut prise enfin, malgré deux sorties opérées par le bataillon des artistes.

Les volontaires féminines de Marseille gardaient la barricade suivante ;toutes brûlaient de se signaler, depuis la commandante jusqu’à la canti-nière, sauf Hélène qui, simple journaliste à la suite, ne se croyait pastenue d’opérer des prodiges de valeur.

Déjà quelques citoyennes avaient concouru à la défense des barricadesprécédentes, la commandante marseillaise, jalouse de leur gloire, se lançaau secours de la forteresse artistique avec l’espoir de l’arracber aux mainsde la troupe. Hélène, objectant la nécessité de prendre des notes, resta enarrière.

Hélas! les volontaires marseillaises avaient trop présumé de leursforces ; tout le bataillon, cerné par un flot de lignards, allait être fait pri-sonnier.

Les insurgés, voyant la mauvaise position des courageuses Marseil-laises, poussèrent rapidement la barricade roulante du citoyen Barbizotdu côté de l’ennemi ; Hélène, prise dans le mouvement, se trouva tout àcoup au milieu de la bagarre, au moment ofi de nouvelles troupes deligne s’élançaient pour repousser le mouvement des insurgés. Signalée parson bel uniforme aux coups de l’ennemi, elle allait tomber entre les mainsdes troupes, lorsque dans une bousculade, elle se trouva jetée contre la bar-ricade roulante, que poussaient toujours le citoyen Barbizot et quelquesbraves. L’ouverture de la barricade-boule se trouvait justement devantelle, elle se précipita dedans et verrouilla précipitamment la porte de tôle.Elle était sauvée, pour le moment du moins.

Le citoyen Barbizot et ses acolytes poussaient toujours leur boule euavant. Hélène, cramponnée à la banquette, exécuta quelques tours sur elle-même, sans se faire de mal, heureusement; puis la boule s’arrêta. Le citoyenBarbizot essayait d’entrer dans sa barricade pour canarder l’ennemi à sonaise ; Hélène l’entendit tirer sur la porte.

« Sapristi ! s’écria le malheureux inventeur, ma barricade est fermée !•••et voilà les séides de la tyrannie qui arrivent... pas moyen d’entrer! sapristide sapristi !... »