Buch 
Le vingtième siècle / texte et dessins par A. Robida
Entstehung
Seite
312
JPEG-Download
 

312

Le Vingtième Siècle.

c’était rare ; on n’écrivait plus maintenant, on téléphonait. C’est à peinesi la grande maison Ponto recevait deux ou trois lettres par semaine,écrites par de vieux clients maniaques.

M. Ponto prit la lettre et reconnut l’écriture. C’était de Philippe !M. Ponto pâlit; que signifiait cette lettre et pourquoi Philippe ne télépho-nait-il pas ? Le banquier déchira l’enveloppe et lut ce qui suit à sa familleaccourue dans son cabinet :

Bachelor’s-Priaoa, 7 août 1953.

« Bachelor’s-Prison ! s’écria M mo Ponto. Philippe en prison ! quesignifie...

— Nous allons bien voir », dit M. Ponto.

« Mon cher père,

« Drôle de pays que cette Nouvelle-Angleterre telle que l’a faite lemormonisme, et comme je rirais si je n’étais pour le moment en prison.Rassurez-vous, je n’ai assassiné personne ni commis le plus mince méfait,je suis enfermé à Bachelor’ s-Prison, prison des célibataires, tout simplementcomme réfractaire matrimonial! Ne riez pas, c’est très grave ! Mon voyagea été un vaudeville désopilant dès sa première heure et je pourrais leraconter sous ce titre : Mésaventures d’un jeune célibataire aux pays desmormonnes.

« En sortant du tube de Calais , je trouve, comme il avait été convenu,l’aérocab de notre' correspondant de Londres , M. Percival Douglas, et cegentleman lui-même qui m’attendait. Au moment de partir pour laBanque, j’aperçois un rassemblement sur les quais, devant deux énormesballons transatlantiques fourmillant de monde. On courait, on se bous-culait pour en approcher.

« Qu’est-ce donc? demandai-je à Percival Douglas.

« C’est un arrivage d’épouses, répondit-il froidement.

c< Je me mis à rire, naturellement, et je demandai à voir d’un peu plusprès l’arrivage. Notre aérocab stationne à dix mètres au-dessus des quaiset je distingue alors sur le pont des ballons, des centaines de jeunes filleset de femmes de toutes couleurs et de toutes conditions, les unes bien mises,couvertes de bijoux, drapées dans de superbes vêtements et les autres pau-vrement vêtues.