342
Le Vingtième Siècle.
— -Te no forai pas de vers, répondit Philippe.
— Un poète... en actions, ce qui est pire ! dit M. Ponto. »
M. l’administratenr AeY Agence universelle, qui était de la noce, fit à lafin du repas un petit speech aux nouveaux époux, speech dans lequel, enhomme pratique, il parla surtout des conditions du voyage de noces, deshôtels où il fallait descendre et des prix qu’il fallait payer.
« Si vous voulez attendre* huit jours, dit-il, l’agence va pouvoir orga-niser un grand voyage de noces; Mancheville nous a été favorable, nousavons vingt-sejù mariages conclus, ou sur le point de se conclure; vouspourrez être une soixantaine de jeunes mariés, voyageant de compagnie, cequi est très agréable et très économique... un des administrateurs del’agence vous accompagnera, retiendra les places dans les tubes, les cham-bres dans les hôtels à des conditions particulières, organisera les excur-sions dans les montagnes suisses , les promenades sur les lacs italiens, lesascensions, etc., etc.
— >Te vous remercie, monsieur l’administrateur, répondit Philippe; jeregrette de ne pouvoir profiter de vos offres gracieuses, mon père nousprête son aéro-yacht ; et, pour notre voyage de noces, nous allons fairenotre petit tour du monde... tranquillement, pas en huit jours comme lesgens pressés, mais en nous arrêtant partout où l’idée nous en viendra , ausommet des montagnes ou dans les prairies couvertes de fleurs, enTouraine, dans la banlieue de Paris ou dans les plaines chinoises... partoutoù le voudra ma chère Hélène! ajouta-t-il tout bas à l’oreille de safemme. »
A dix heures du soir, par une de ces belles nuits d’août, tièdes etembaumées, l’aéro-yacht de M. Ponto, Y Albatros, illuminé et pavoisé,emportait les deux nouveaux époux dans un ciel d’un bleu sombre, sillonnéd’étoiles filantes.
Quelle belle nuit pour un départ en voyage de noces! La lune selevait à l’horizon ; la mer illuminée, elle aussi, par de larges phospho-rescences, battait les roches d’Etretat et frangeait d’écume blanche toutesles découpures de la côte, pointes de roches, longues lignes de falaises etplages de sable jaune, garnies de maisons pointillées de lumières.
C’était féerique! Hélène et Philippe, accoudés sur le bastingage,restèrent longtemps à contempler ce tableau avant de donner le signaldu départ. Quand Y Albatros, dégageant ses amarres, monta doucementdans le ciel, le paysage s’élargit, les falaises normandes se développèrent,