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Le vingtième siècle / texte et dessins par A. Robida
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Le Vingtième Siècle.

la rive asiatique; c’est là, du côté de Scutari , dans les anses où vient battredoucement le flot, que se trouvent les cabarets à la mode, avec leursterrasses, leurs jardins ombragés de platanes, d’acacias et de pins parasolset leurs cabinets particuliers... Nous pouvons choisir, les restaurants fré-quentés par la haute société sont nombreux. Il y a le Cimeterre cl’ Or, lesTrois HouriSj cuisine supérieure et cave de premier ordre, bien fournie encrus authentiques et non pas en vins chimiques des grandes usines commeles restaurants ordinaires; la Tour de Léandre , restaurant en pleine mer;la Belle Odalisque, bosquets superbes, etc.

Le caïque les emporta bientôt, mollement et rapidement, sur les eauxdu Bosphore. La lune, glissant sous un rideau de nuages blancs, faisaitmiroiter la mer bleue et mettait une étincelle au sommet de chaque vague.Sur les deux rives, les hauteurs couvertes de palais et de mosquées, lescoupoles de Sainte-Sophie , de l’Ahniedieh, de la Solimanieh, hérissées deminarets, les tours, les bois de hauts cyprès, se détachaient sur le cielclair en silhouettes d’un bleu plus sombre.

Sur le ciel même, le tramway aérien qui va de Galata à Scutari pro-jetait des ombres bizarres. Des aéronefs illuminées, se succédant rapide-ment, suivaient le câble de fer jeté à cent vingt mètres de hauteur entrel’Europe et l’Asie . C’était la sortie des théâtres, l’heure à laquelle la circu-lation est grande entre les deux rives ; des aérocabs nombreux et quelquescaïques faisaient aussi la traversée. Au loin, les arches colossales qui sou-tiennent le tube de Téhéran-Calcutta se dessinaient vaguement sur unfond d’un bleu confus.

Philippe ayant opté pour le restaurant des Trois Ilouris, le caïque s’enfut aborder au fond d’une anse bien ombragée où les vagues venaient, avecun clapotis musical, battre des escaliers de marbre. Une nombreuse sociétése récréait sous les bosquets du jardin ou dans les cabinets particulierssuspendus au-dessus de la mer. On entendait des rires, des sons de pianoet des explosions de champagne un peu partout. Un maître d’hôtel céré-monieux reçut les deux jeunes gens, les conduisit sur une terrasse d’où lavue s’étendait au loin et attendit les ordres.

Au-dessous, dans le restaurant, une voix jeune et fraîche commençajoyeusement une chanson :

La Sultane aimait un sapeurDes janissaires de la garde ;