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Le vingtième siècle / texte et dessins par A. Robida
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Le Vingtième Siècle.

dence, la sonde annonçait de très petites profondeurs et le fond de la merétait comme hérissé de pics madréporiques, îlots en formation destinésà paraître an-dessus des vagues dans un laps de temps facile à déter-miner.

ce Nous entrons dans la période critique de notre voyage, dit le capi-taine; il faut redoubler d’attention. »

Le capitaine conserva le gouvernail, un matelot se mit à l’avantpour sonder, un autre à tribord et un à bâbord. Philippe resta sur le toitde la maison pour surveiller la mer et relier l’avant avec l’arrière.

On reconnut les îles Araktcheef, Narcisse et Moakimon, entouréesd’un essaim d’îlots de formation nouvelle; c’était bien le chemin de Taïti ,et en admettant que l’on ne croisât aucun navire en route, on devait en quel-ques jours arriver à Taïti . Plusieurs fois des pirogues indigènes passèrentnon loin de l’îlot. Les passagères montrèrent quelque étonnement de voirles sauvages polynésiens accoutrés de redingotes européennes et coiffés dechapeaux de haute forme.

« Parbleu, dit le capitaine, ils sont tous comme cela; ils sont à peuprès civilisés et ils ont renoncé depuis longtemps à leurs tatouages natio-naux ; ils préfèrent nos vieux habits; toute la défroque de l’Europe et del’Amérique est envoyée en Océanie et colportée d’île en île... Ça sert demonnaie pour les trafiquants...

— Capitaine, dit Barbe, je ne demande pas à débarquer chez leshabitants de ces îlots; mais ne pourriez-vous pas me dire s’il n’y a pas,dans ces parages, de poste téléphonique ?

— Je n’en connais pas, mademoiselle; vu le peu d’importance destransactions commerciales, les indigènes n’auraient que faire du télé-phone... le premier bureau est à Taïti ...»

Philippe, en permanence sur le toit de la maison, promenait desregards songeurs sur le fourmillement de petites îles semées sur l’océancomme une sorte de voie lactée maritime, et il ne s’interrompait dans sarêverie que pour demander an capitaine, du haut de son observatoire,quelque renseignement sur ces innombrables archipels.

Le capitaine, tout entier à la manœuvre, grommelait parfois.

« Attention, attention, monsieur ! vous ne surveillez pas suffisam-ment l’horizon, vous me laissez gouverner en plein sur ces brisants quel’on entend mugir à deux kilomètres d’ici... si vous ne me prévenez pas,il nous arrivera quelque anicroche.