H LA PRESSE, L'HIVEK. (1788-S9Ï
tiers-état sc conlenlait peu des concessions que la royauté lui avait faitesjusqu’à présent.
, Les journaux et les livres Fourmillent : on se perd dans leurs titres.
Ici commence le rôle politique du peuple, qui a cherché à se rendrecompte de ses droits et de sa force, et qui veut avoir voix délibérative dansles conseils du gouvernement.
Son état physique est déplorable. — Le 13 juillet 1788, une grêle affreuseavait ravagé la France. Le territoire de Chartres était ruiné ; quarante-troisparoisses de l'Ile-de-France manquaient de récoltes; cinquante-quatre pa-roisses de l’élection de Clermont en Beauvoisis n’avaient pas même de quoiensemencer l'année suivante. La Picardie, la Tourraine, le Valais, le Forez ,étaient dans la désolation’. Chaque jour, les feuilles publiques enregis-traient de nouveaux désastres. Dès le 19 de juillet, le Journal de Parisannonçait une souscription pour secourir les victimes des sinistres **. Ilcitait des malades dont la commotion atmosphérique avait hâté la mort. Lethéâtre Français , l’Académie de musique, le théâtre Italien, jouaient àbénéfice.
Mais toutes ces faibles aumônes n’étaient qu’un faible remède au présent ;l’hiver appprochait, l’hiver, la terreur despauvres.il continua la sériedes malheurs qui l'avaient précédé, et compta parmi les époques néfastes.Ce fut pour le peuple un martyre de tous les jours. Les ateliers se fermèrent;le plaisir, cette moitié de la vie humaine, céda aux rigueurs de la saison ;plusieurs théâtres firent relâche. Qu’on y songe! Dix-sept degrés de froidcontinu! Deux lieues de mer glacées à Calais ! Le bassin du port de Mar-seille entièrement gelé ! Des débâcles épouvantables de la Loire et duKhône! La destruction du poisson sur les côtes de Nantes! A Lille , le 19 dé-cembre, plusieurs vieillards et enfants furent trouvés gelés dans leurs lits’’**.Presque toutes les fontaines se tarirent à Paris ; et, dans les provinces, il yavaient des puits qui ne formaient que glaçons, et des moulins à eau arrê-tés. Sur cette terre désolée planait un ciel constamment couvert, qui em-plissait les âmes de tristesse,et portait les esprits aux noirs pressentiments****.La disette enfin était apparue avec toutes ses douleurs sourdes, scs craintescontinuelles, ses invincibles nécessités. Quelques paysans mangèrent duson et de l’herbe bouillie. — Tel fut l’hiver de 1788-1789Dès le mois de septembre, on tremblait sur la saison qui allait s’ouvrir.Pendant huit jours, le peuple, attroupé sur le terre-plein du Pont-Neuf , ditPlace de Henri /F, entoura et fit saluer par les passants, notamment par le
* Journal de Paris, passim.
" Voirie numéro du jour : le duc d’Orléan» eil inscrit pour 12,000 livre».
Cabinet de» modes, Journal.
Témoin oculaire.