JOURNÉE DU 14.
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rjllillot 1789)
rilé, les gouvernements devraient toujours consulter l’almanach avant derisquer leurs coups d'état. Si dous suivions le système de Voltaire en histoire,nous affirmerions que cette circonstance a purement et simplement amenéla journée du 14 juillet. Toujours est-il qu’elle y a contribué. Ün beau di-manche est favorable pour l’insurrection. Le désœuvrement enfante parfoisles héros politiques, que le soleil fait éclore.
L’insurrection ! dans quel endroit devait-elle naître, ailleurs qu’au Palais-Royal? Les motionnaires poussèrent un cri d’alarmes : aux Invalides 1 — crique d’autres répétèrent, et auquel tous obéirent. On courut donc aux In-valides pour avoir des armes. Dès ce moment, le curé de Saint-Étienne-du-Mont entra dans sa carrière patriotique. Revêtu de ses habits pontificaux,il se mit à la tête de ses paroissiens, et les conduisit lui-méme vers le lieudésigné. Plusieurs compagnies de gardes-françaises, les sapeurs-pompiers,et les volontaires de la Bazoche, s’y rendirent aussi.
La matinée avait été sombre; à midi, le ciel se découvre; un splendidesoleil échauffe Paris , et va, dit le poëte, brûler la Bastille.
Alors, cette foule armée change de direction, et se répand à flots pressésdans la rue Saint-Antoine, au bout de laquelle s’élève la sombre forteresse.Les insurgés l’attaquent, et le siège dure à peine quelques heures, etla voilàbientôt au pouvoir des assaillants. La Bastille est prise! Mots qui se répè-tent dans toutes les bouches, éveillent dans le cœur du peuple une joie devengeance satisfaite ! C’est le premier triomphe ! La France goûte, grâce âces vainqueurs, l’heure première de la liberté !
Mais plusieurs taches de sang ont souillé cette journée. Delaunay, gou-verneur de la Bastille, Flesselles, prévôt des marchands, et quelques autresr urent misa mort. Le jugement de ces hommes, si toutefois il y eut juge-ment, commença la série des précipitations populaires, où les citoyens écou-tèrent plus leur passion que leur conscience. Eux aussi pensaientdonc qu’ily avait deux sortes de justice : une justice civile, éclairée, impartiale, digne;une justice politique, sans formes, à bref délai, implacable et passionnée?Ils appliquaient déjà le Causa facitrem dissimilem, de Juvénal : « pour lasainte cause de la liberté, tous les moyens devenaient excusables, tous lesmeurtres permis, parce qu’ils étaient essentiels; et puis, Delaunay, Fles-selles, etc., avaient commis le crime de lêze-révolution. • — Représaillescontre les règnes de Louis XIV et de Louis XV , — Vengeances que l’igno-rance seule du peuple rend moins horribles.
Au coin de la rue do la Vannerie et de la place de Grève se trouvaitune boutique d’épicier avec une lanterne devant. Cette lanterne, à l’aide delaquelle plusieurs meurtres avaient été consommés, acquit de ce jourune affreuse célébrité; elle donna naissance à l’expression lanterner ,accrocher au réverbère, et au Journal de la Lanterne , dont le fougueuxCamille-Desmoulins s’institua procureur-général.
T. i.
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