LES FEMMES.
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'juillet 1780)
La mode n’est pas restée eu arrière de la politique, et, par contre, lesfemmes parlent autre chose que chiffons; elles lisent le journal avec assi-duité; elles prennent leur rang de bonnes citoyennes, et jettent parfois desregards clairvoyants sur l’avenir des affaires de l’État.Par exemple, dansun cercle, où il s'agissait entre femmes ûeVAssemblée constituante,— «Mais,demandait l'une d’elle, qu’est-ce que cette Assemblée constituante ? — C’estla quatrième dynastie, répondit l’autre. — Eh bien! cette dynastie-là feraCharlemagne . »
Les femmes assislèrent aux nombreux services célébrés pour le repos del’âme des citoyens tués au siège de la Bastille. Madame et mademoiselle La-fayette faisaient assez souvent les quêtes. Toutefois, aux grandes dames«appartenait pas en entier le rôle patriotique. Au contraire, elles n’a-vaient pas abdiqué toute leur morgue passée. Beaucoup disaient bien haut :« Je suis ennemi des abus et partisan de la révolution, » alors qu’elles nepouvaient encore souffrir qu’un roturier, fût-il homme de génie, osât leurbaiser respectueusement la main, ni prendre une prise de tabac dans leurtabatière. — Le trait que nous rapportons-là est arrivé à l'avocat Target.député à l’assemblée nationale.
Les bourgeoises, les femmes du peuple suivirent le mouvement avec plusde vigueur. C’est parmi elles que se rencontrent leshéroïnes elles amazones*Elles se sont elles-mêmes imposé une tâche. Leurs mains forgent desarmes, arrangent des bouquets, agitent des branches de laurier, tressentdes couronnes. De district en district, elles vont manifestant leur enthou-siasme, leur amour pour la liberté, et font souvent honte aux hommes àl'endroit du patriotisme.
Une ouvrière lingère disait un jour à son mari : « Je suis fâchée que l’onait besoin d’un uniforme pour être soldat-citoyen : je n’en connais point dutout la nécessité; mais puisqu’il le faut, voici quatre louis que je te prie«l’employer à avoir un uniforme; c'est l'argent de mes dentelles que j’aivendues: elles ne me servaient que pour mon plaisir; cet argent te serviraà faire ton devoir. » Voilà une citoyenne! s’écrient les Étrennes à la vertu .où nous puisons ce fait. Véritable citoyenne, sans doute, ajouterons-nous,la femme qui vend ses dentelles pour acheter un uniforme, qui sacrifie lebonheur de plaire à l'amour de la patrie !
Par les femmes de la classe moyenne a été conquis le brevet de patriotes.Laissez faire le temps ; déjà elles montent la garde. Leur influence estbien connue, et qui sait où elle s’arrêtera? Poissardes et fruitières irontcomplimenter l’assemblée des électeurs à l’llôtel-de- Ville, et leur adresserce discours : « L’amour d'un peuple qui adore son roi nous conduit ici
* Nom donnons If* emiumedes Amazone.*, qni a été porte pendant quelque temps.