(août 1789, question du veto- 59
Celle première définition olliciclle des droits de tous se répandit d’unefaçon incroyable ; chaque citoyen voulut s'en procurer un exemplaire. Oncompte plus de quarante éditions successives de la déclaration, et l’honneuren fut rapporté principalement à Mirabeau.
Bientôt, les débats sur la sanction royale réveillèrent les haines maléteintes. La question de savoir si le veto que le roi pouvait imposer aux loisdevait être absolu ou seulement suspensif, fit grand bruit chez le peuple. Lavolonté du roi empêcherait-elle les lois de sortir leur effet, ou ne ferait-elle qu’en suspendre l’exécution. Les clubs, selon leur coutume, résolurentla question avant même l’Assemblée nationale. Le Palais-Royal irrité, se levaen masse, pour marcher sur Versailles . Le roi et la reine reçureiit les nomsde Monsieur et Madame Veto . Des bandes d’individus armés parcoururentles rues, en criant : A bas le Veto! et alors parut la première chanson quis’attaquât directement à la royauté.
Quel est donc ce seigneur Veto,
Qui, plus bruyant que Figaro ,
Sans être du canton de Berne ,
Veut du peuple faire un zéro?
Sans redouter ce numéro.
Menez le vile à la lanterne *.
L'idée la plus exacte que nous puissions donner de l’importance attachéepar le peuple à la question du veto, aussi bien que sur la précipitation etl’ignorance avec laquelle il s’en occupa, est, simplement, de rapporter deuxfaits contemporains. Le premier se passa dans l’historique Café de Valois.Deux particuliers péroraient. L’un parlait du veto suspensif, l'autre du vetoabsolu. Chacun, défendant son opinion avec énergie, en vint à défier sonadversaire; et ils allaient se battre, lorsqu'un des assistants put enfin leurfaire comprendre qu’ils étaient tous les deux partisans du veto suspensif. —En politique, la passion est un soleil ardent, qui échauffe, mais qui aveugle.
Le second fait est pour le moins aussi curieux. Bertrand de Mol leville de-mandait à un paysan ce qu’il entendait parleuefo suspensif. — L’homme ré-pondit, tout écumant, tout bouillant de colère : « Si le suspensif passait, leroi et ses ministres pourraient faire pendre qui ils voudraient. » — Bertrandde Molleville eut grand peine à le désabuser.
Ne croyez pas qu’il n’y avait qu’à rire de toutes ces caricatures, de toutesces anecdotes qui viennent de passer sous nos yeux. Au fond, leur existence