'Année 1793.)
LES SPECTACLES.
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Ils se coiffaient en cheveux ronds et en bonnet rouge, avec cocarde, Riches etpauvres affectaient cette mise. On avait fait d’abord usage des perruquesnoires à lajacobite, telles que l’avait Billaud-Varennes, mais elles avaient étédéfendues. 11 se fabriquait aussi des espèces de houppelandes sans coutures,d’une seule venue, en gros tissu de laine brune velue, et presque toujours dela couleur de la brebis. Louis XVII porta une carmagnole, et on ne lui laissapas finir son deuil [a). Le tutoiement était à l’ordre du jour.
On avait fait retourner toutes les plaques de cheminées portant des armes,des couronnes, ou des (leurs de lis (h). Cette crainte des insignes rappelant lamonarchie préoccupait tant les chefs du gouvernement, que dans le courantdu mois d’août, lorsque le Musée des arts fut ouvert au public, on en avaitexclu, afin de ne pas blesser des regards républicains, tous les tableaux re-présentant les effigies des rois, et la galerie de Rubens , ainsi que les bataillesde Louis XIV , peintes par Vander-Meulen. A cet égard, la censure la plusactive avait été établie sur les pièces de théâtre, qui ne devaient exprimeraucun regret du passé, aucune plainte contre le présent. La cinquième re-présentation de l’Awi des Lois, par Lava, occasionna un grand tumulte.Anaxagoras Chaumettc voulait la défendre; et elle n’eût plus été jouée, si lepublic ne l’eût demandée à l’unanimité. La question fut débattue devant laconvention. L’Ami des fj)is fut représenté, mais au milieu des interruptionsfréquentes des jacobins. Santerre avait menacé les acteurs. Ils n’avaient pasla réputation de patriotisme de Monvel , pour lequel Chénier faisait des rô-les (r). C’était la citoyenne Suin, c’étaient les citoyens N'audet, Fleury, Saint-Prix , Saint-Phal, et Larochelle, qui jouaient dans cette comédie. Ils ne surentpas bien leurs rôles; quelques jeunes gens du parterre, entêtés, s’élancèrentalors sur la scène, et lurent la pièce. Deux personnages de l’Ami des L is,Nomophage et Duricrane représentaient, à ne pas s’v méprendre, les caractè-res de Robespierre et de Marat .
Des acteurs que nous venons de nommer, combien ont échappé aux pros-criptions de la terreur ! Celte représentation forcée de la comédie de lavalaisse percer les opinions qui parcouraient déjà la jeunesse parisienne, appe-lée dix-huit mois après la jeunesse dorée. Les muscadins osent braver les vo-lontés des montagnards, et se rire parfois des sans-culottes. La terreur n’estpas encore à son apogée, et déjà la réaction qui la doit suivre se devine. Unjour, un d’entre eux se trouvait au balcon du théâtre de la république , lors-que le parterre cria : A bas le muscadin ! Le jeune homme répondit : « De-puis qu’on m’a volé ma montre d’or à votre compagnie, j’aiine mieux qu’ilm’en coûte une place au balcon que de risquer ma tabatière (</ . »
(a) Mcmonrt sur fouis Xl r I, par Rekard.
(b) Décret 4c l i convention. Uct. I7«p3.
(<•) Nous donnons une lettre do Monvel , l'.uteur montagnard.
•D rot fij'ruillr franrais , pour I an \ >11